Un prénom pour la vie

Bienheureux est-il celui qui n'est pas entré dans un monde kafkaïen où c'est le citoyen qui est au service de l'Administration et non l'inverse

Bienheureux est-il, celui qui s'est satisfait de son prénom. C'était mon cas, ça l'est toujours.

Depuis quelques années, j'ai parfois la désagréable impression d'un équilibre rompu. Car certains représentants des Administrations sont intransigeants et dédaignent le caractère usuel de nos prénoms doubles, faisant valoir qu'ils ont des consignes.

J'imagine bien que, dans ce petit village où je suis né, lors de la déclaration de ma naissance, le secrétaire de mairie a du agir au hasard, vu que mes parents m'ont toujours appelé avec les deux prénoms. Connaissait-il lui-même l'utilité du tiret ? Il ignorait en tous cas dans quel monde administratif nous allions vivre après l'an 2000, Vigipirate et le resserrement ahurissant des procédures. Incroyable nécessité de justifier de l'usage permanent de ce double prénom.

Je pourrais donner plusieurs exemples. Ainsi, lors d'un déménagement, pour la réception de ma carte d'électeur je reçois plusieurs courriers avec mon premier prénom, malgré mes relances. De même, suite à un accident à hôpital d'Armentières j'ai un vain conflit avec l'hôtesse d'accueil du guichet A qui refusait d'inscrire les deux premiers prénoms, fussent-ils usuels depuis plus de 60 ans. Et me demandant de m'adresser au Procureur. Un patient n'a pas besoin de ça dans ces circonstances. Aussi, suite à un vol sur mon véhicule lors de ma déclaration à la gendarmerie de Cassis. Etc...

Pour tout dire, je ne présente plus maintenant ma carte d'identité à leur demande, mais mon permis de conduire datant de 1969, manuscrit et sur lequel apparaît une petite tâche d'encre entre les deux prénoms, qui passe pour un tiret !

Alors, les enfants d'une même famille qui auraient eu un prénom double commençant, par exemple pour des garçons, par Jean ( Jean Pierre, Jean Jacques, Jean Louis... sans le tiret fatidique) se verraient tous appelés Jean, du premier au dernier, par diverses administrations ! Ahurissant et bien peu pratique !

Pourtant, chez les « titulaires » d'un double prénom usuel, les deux prénoms accolés organisent souvent un équilibre juste. Pour moi, le JEAN a sa part de fragilité, de sensibilité, ses petites périodes de déprime, mais le MICHEL est conquérant, victorieux, comme l'Archange Saint-Michel terrassant les dragons et démons. Cela me rétablit la balance.

Pour changer de prénom :

Depuis la Loi n° 2011-525 du 17 mai 2011, article 51, « Toute personne qui justifie d'un intérêt légitime peut demander à changer de prénom. La demande est portée devant le Juge aux Affaires Familiales à la requête de l'intéressé [...]. L'adjonction, la suppression ou la modification de l'ordre des prénoms peut partiellement être décidée ».
Ainsi, si votre prénom usuel ne vous a pas plu, ou vous a choqué, il vous est possible de faire inverser l'ordre des prénoms.
Il vous faudra vous adresser au Juge aux Affaires Familiales de votre lieu de naissance ou de votre lieu d'habitation.
On ne peut pas engager l'affaire soi-même mais demander la représentation par un avocat. Celui-ci apprécie souvent que vous l'accompagniez. Cela vous coûtera environ 1000 € ! Pour ceux que cela intéresse, qu'ils s'arment de bons arguments.

Pour mon petit cas personnel, je préfère pour l'instant « jouer au chat et à la souris » avec l'Administration !

récit publié en septembre 2014

Un prénom pour la vie