Solaire victoire
Aujourd'hui, le soleil brille et je suis euphorique. Cela m'arrive rarement. De toute ma vie, j'ai été un antinucléaire convaincu. Depuis les premières manifestations sur les côtes du Nord ou de Belgique contre la centrale de Gravelines jusqu'à mon adhésion au Réseau Sortir du Nucléaire, depuis ma deux-chevaux taguée «nucléaire non - solaire si» jusqu'au choix, en 2007, dès que cela a été possible, d'Enercoop le fournisseur d'électricité 100% renouvelable. Je fus l'un des abonnés à la première revue écolo La Gueule Ouverte, de 1972 à 1977 et un admirateur des dessins de Reiser qui nous montrait chaque mois avec humour que le soleil représentait l'avenir. Car dès les années 1970 toutes les techniques de construction qui ne se développent qu'aujourd'hui, sont déjà connues, la bonne orientation, l'isolation renforcée, le chauffage solaire de l'eau, le photovoltaïque, etc.
J'ai aussi trouvé dans mes recherches un document de 1952 (j'avais 2 ans) : aux Etats-Unis, la Commission Paley, réunie à la demande du Président Truman, écrivait que les énergies renouvelables étaient plus prometteuses que l'énergie nucléaire, et réclamait une recherche agressive dans l'ensemble du domaine de l'énergie solaire ! Les décisions politiques n'ont pas suivi, pour des question de prestige et d'ego surdimensionné -le nucléaire ça en jette et ça permet de faire des bombes- hélas et cinquante années ont été perdus pour l'énergie solaire !
En France, les six derniers présidents qui se sont succédé ont tous trempé dans le nucléaire. Médiocrité des politiques. Aucun n'a voulu protéger les citoyens de ses risques. Aucun n'a fait ce pas décisif que d'autres pays dans le monde ont osé : s'en passer. Ainsi, l'Autriche a inscrit le refus du nucléaire dans sa Constitution et développe le renouvelable. Le plus scandaleux, c'est l'attitude de ces pays inondés de soleil et qui réclament eux aussi cette énergie folle, signe de mépris pour leur population.
Quoi qu'il en soit, en 2011, EDF annonce un nouveau retard dans la livraison de la centrale nucléaire EPR nouvelle génération en construction à Flamanville ( Manche ). De plus, il informe d'un nouveau surcoût d'un milliard d'euros, portant le coût total à 6 milliards d'euros pour une tranche de 1650 MW de puissance, le même coût prévu que l'EPR en construction en Finlande. Le coût du kilowatt installé revient donc, pour l'instant, à 3636 €. Car ce coût n'inclut pas le prix exorbitant de la déconstruction, ni le retraitement et la surveillance des déchets pour des siècles, mais ils s'en fichent. Ce n'est pas eux qui le feront ni ne le paieront, ils seront morts. Aux dernières nouvelles, EDF ferait seulement semblant d'y croire encore, et travaille de plus en plus sur son secteur Énergies Nouvelles.
En prenant quelques informations sur le coût des centrales solaires, construites ou en cours de construction, on constate que, victoire, il est meilleur marché dans presque tous les cas, alors qu'en 2006, cela tournait encore autour des 4000€ du KW installé. Cette année-là, Philippe Malbranche, spécialiste du solaire au Commissariat à l'énergie atomique, eh oui, il y en a, était formel : «A terme, le solaire va s'imposer, parce qu'il est économiquement le plus rentable». Vous avez bien lu, économiquement le plus rentable, et non par choix idéologique ou par souci de l'environnement. Capitalisme oblige, il va falloir faire avec, mais le but est bien de sortir du nucléaire, non ? Internet regorge d'exemples de centrales solaires où le prix du Kilowatt installé est inférieur à 3500 €. De plus, chaque mois, on prend connaissance d'améliorations techniques en matière de rendement, de stockage de l'énergie produite... D'ailleurs, les investisseurs privés ne s'y trompent pas, qui réservent maintenant leur argent à ces investissements-là. Il n'y a plus guère que certains États, rares, pour s'accrocher au nucléaire, et dans certains cas, pour des motivations pas très recommandables.
Certains pays arabes du Maghreb et du Golfe préparent maintenant leur reconversion, à marche forcée pour les plus futés, vers l'énergie solaire. Le vent tourne aussi pour EDF, Areva, Total, et d'autres, qui investissent, avec retard, bien sûr, dans les renouvelables. Ce retard est scandaleux, alors qu'il y a 40 ans, la France avait déjà bien progressé avec le four solaire d'Odeillo ou la centrale solaire Thémis, par exemple, dont les recherches prometteuses ont été abandonné sous Mitterand. L'avance, maintenant, on la trouve chez les Allemands, les Espagnols, les Japonais ou les Chinois. L'intelligence des situations où l'on peut faire de l'argent, puisqu'en matière de développement industriel, c'est toujours le capitalisme qui commande, aura fait plus que toutes les manifestations, la raison, ou l'idée même de protéger les populations.
Le choix du nucléaire est devenu rétrograde, non seulement pour des questions d'éthique ou de sécurité (Tchernobyl, Fukushima...) mais aussi pour des questions de rentabilité financière. Pourtant, c'est quand elle est menacée que la bête est la plus dangereuse, et rien ne dit que contre toute attente, contre la raison, main dans la main avec la Chine ou la Russie, peut-être à prix cassés, des centrales nucléaires ne viennent menacer encore notre pays. Certains ne comprendront, et encore, que quand l'une d'entre elles leur claquera à la figure comme viennent de le saisir les Japonais. Et alors là, cela deviendra un scandale, comme pour l'amiante, par exemple. Mais avec des conséquences autrement dramatiques.
Bêtise humaine, aberration. Tous les gestes scientifiques ne sont pas beaux. Et certains gestes politiques sont et seraient d'une grande noblesse.
Certains en sont encore à vouloir forer au plus profond de la terre alors qu'ils ne voient pas ce qui se trouve sous leurs yeux, le soleil. Cet astre, adoré depuis la nuit des temps, qui réchauffe et nourrit, qui fait pousser et produit maintenant ce dont nos civilisations ne savent plus se passer, l'électricité. J'ai rêvé, entre autres, d'un monde où l'on profiterait de la présence du soleil partout où il apparaît. Cela se profile UN PEU et je m'en réjouis.
récit publié en mars 2012