Out Campaign
J'aime les poèmes d'amour. Je me laisse bercer par des paroles si doucement prononcées, du genre...
« Le chemin peut être dur
Mon amour sera plus pur.
Garde-moi de cette nuit sombre
Ou j'irai me perdre dans l'ombre.
Tu es pour moi un refuge
De l'angoisse tu me gardes,
Sans ton appui je suis perdu,
Mes jours sont éphémères
Poussières au vent
Et fleurs sans lendemain.
Quand de si pauvres joies m'attirent
Et m'abandonnent loin de toi
Tu me donnes l'élan des renouveaux.
Nos deux cœurs se sont liés,
Que je n'oublie aucun de tes bienfaits,
Que ton corps me soit la force du jour,
Que ta présence en moi ravive l'amour. (c'est chaud !)
Je te raconte mes sentiers et j'ai ta réponse,
Tu rends le large à mon cœur
Tu me fais don de tes pardons
Ton amour est infini. (ça, c'est joli !)
Plus désirables que l'or, que l'or le plus fin,
Tes paroles sont douces plus que miel,
Que le suc des rayons. (pas mal non plus !)
Sois mon rempart et ma retraite,
Mon bouclier, mon protecteur.
Sois mon rocher dans la tempête,
Sois mon refuge et mon sauveur... (là, ça va un peu loin !)
Dans les luttes de la vie
Grandira notre amitié. »
Je pressens que certains ont du flairer un piège. En attendant, ça doit être bien bon de dire tout cela à quelqu'un qui peut nous entendre et nous répondre, qu'on peut palper, toucher pour de bon ! Hélas, il ne s'agit que d'extraits de psaumes adressés à un dieu ! Vous les amoureux en panne d'inspiration, ça peut toujours servir ! Dérision ? Vains dieux, je suis athée ! Mais si j'dis ça, je risque de ne pas me faire que des amis !
Parfois, je vois de drôles d'images, fais de drôles de rencontres. Des processions d'humains portant des poutres en bois ou des statues de pierre, d'autres à genoux, par terre sur leurs tapis ou montant jusqu'à un lieu élevé. Pourquoi se donner tout ce mal ? Pourquoi se mettre dans un état pareil ? Et en quoi cela soulage-t-il le prochain ? Cela doit les soulager, eux ou elles, oui, mais de quoi ? Leur piété me fait pitié. Mais, né dans un milieu catholique, je l'ai vécue moi même en d'autres temps, pas forcément avec la même excentricité. Je suis resté un certain temps « dans l'abdication d'un croyant qui fait sa prière » (Marcel Proust : A la recherche du temps perdu, Tome V) avec l'idée saugrenue d'une oreille divine attentive qui pardonnerait tout, qui écouterait sans jamais contrarier, un peu comme le lien qu'ont certains avec leur animal domestique. Mais si j'dis ça...
L'imagination a du bon, il est d'ailleurs le capital principal des enfants. J'ai toujours aimé qu'on me raconte des histoires, des fables, étudier les légendes. Les mythes, le théâtre, la magie, ça me bluffe, je retourne avec plaisir à ce stade de type enfantin. Je me dis : ah, pas mal l'intrigue, jolie la mystification, farfelue l'idée, sympa la blague. Ensuite, je me raisonne et je ne m'en fais pas une religion, qui semblerait bien être le maintien d'une pensée infantile. Ou alors pourquoi ne pas décider de croire, au hasard, en la licorne rose invisible ? Le souci c'est qu'ils sont nombreux ceux qui vivent de ce drôle de « piétinement interminable dans l'enfance » (Vincent Delecroix). Éternelle crédulité, mal-être de l'adulte, besoin d'irrationnel, nostalgie d'une organisation paternaliste et structurée... Mais si j'dis ça...
Les religions, qui toutes veulent conquérir le monde, ou à tout le moins les cerveaux humains, de façon plus ou moins fourbe, avec leurs belles phrases et leurs grandes envolées, leurs monuments et leurs richesses voudraient faire croire qu'elles détiennent la vérité, qu'elles possèdent la science infuse. En matière de science ce serait plutôt l'inverse ! Elles ont humilié, spolié ou tué des grands savants qui n'allaient pas dans le sens de leurs dogmes, ont ignoré ou méprisé les plus grandes découvertes, et globalement ont beaucoup travaillé à empêcher de réfléchir, de progresser. Pour prendre un seul exemple, après d'autres, l'humaniste Copernic a développé vers 1530 l'idée scientifique que la terre tournait sur elle-même et autour du soleil. Ce n'est finalement que vers 1830, soit trois siècles plus tard que l'Église de Rome va accepter définitivement cette théorie qui, dois-je le rappeler, était juste. Et il faudrait se fier à cela ? Sciences et religions sont inconciliables, incompatibles, le créationnisme est un scandale. Les connaissances s'affinent, la science progresse, ce qui n'était pas compris par nos ancêtres s'explique maintenant. Et certains font comme si rien ne changeait jamais. Mystification. Absurde maintien d'un passéisme moyenâgeux au détriment du progrès humain. De plus, certaines religions terrifient certains de ceux qui les pratiquent, puisqu'elles sont souvent basées sur l'idée qu'ils sont médiocres, ou évidemment coupables, qu'ils ont besoin d'un être supérieur qui les guide. En ce sens elles sont semblables aux sectes qui commencent souvent par dévaloriser les nouveaux adeptes. Il ne faudrait pas confondre charisme et pouvoirs surnaturels tout de même ! Pourquoi l'esprit critique s'endort-il si facilement au profit de l'obscurantisme ? Mais si j'dis ça...
Le dimanche matin, les émissions « religieuses » défilent sur France Télévision, chaîne publique financée par notre impôt. Près de quatre heures. Et il y en a pour toutes les confessions ! Mais pas une minute pour la pensée libre ou l'athéisme ! Idem à l'Éducation Nationale. Pourquoi faudrait-il donc étudier les religions ? Et pourquoi pas plutôt l'athéisme ? Si le temps de parole des athées était proportionnel à celui des religieux, beaucoup de discours s'effondreraient. Mais « naturellement » cette parole est bâillonnée. Parfois les athées se bâillonnent eux-mêmes, s'en fichent, ne veulent faire de peine à personne ou craignent de s'exposer, sans imaginer l'importance d'un tel sujet. Pourtant, « ce n'est pas mieux d'avoir une religion que de ne pas en avoir ». (Simone de Beauvoir) Rappelons que le sens le plus ancien du mot religio, en latin, est lien moral, obligation de conscience, attachement au devoir, loyauté, honnêteté, délicatesse. L'athéisme est aussi vieux que la croyance. Le philosophe grec Diagoras de Mélos, 4 siècles avant JC était athée. Mais la croyance est plus « persuasive ». Quelle que soit l'époque, tous les moyens sont bons, et surtout les plus odieux, pour faire entrer des inepties dans la tête et le corps des gens. De plus les religions, (qui souvent s'en fourrent plein les poches !), mettent en parallèle foi et argent. Dans l'Ancien Testament, on oppose déjà le veau d'or à la foi en un dieu unique. Dans l'évangile de Matthieu, 6.24, il est dit : «Vous ne pouvez servir dieu et l'argent ». Cet antagonisme est commode, mais il existe une troisième voie qui n'est ni l'un ni l'autre. Ni l'argent à outrance (« le veau d'or n'était qu'une vache folle » Flore Vasseur) ni la croyance dans des dogmes (« toute doctrine est réprouvable, parce qu'elle s'acharne à vouloir nous sauver » Rodrigo Garcia). Cette troisième voie, loin du cynisme individuel ou de la démobilisation civique, c'est le lien, ce qui relie les êtres humains les uns aux autres. Ce lien n'a pas besoin d'être religieux ou sacré, sauf si l'on considère que sont sacrées certaines valeurs universalisables chez l'ensemble des femmes et des hommes de notre petite planète. La laïcité met à distance les religions belliqueuses. Et que je sache, aucun massacre n'a été perpétré au nom de l'athéisme. Qu'il ne faut jamais confondre avec les faux athéismes qui ne sont que des idéologies de re-sacralisation, comme le nazisme et les dictatures. Mourir au goulag ou sous la lapidation : mêmes idéologies mortifères qui ont toutes leurs dogmes, leurs symboles, leurs drapeaux, leurs hymnes... Mais si j'dis ça...
Certains enfants, « nés quelque part », commencent leur vie par des endoctrinements sévères, mais aussi par des marquages dans leur chair, des signes radicaux que leur infligent, comme le bétail dans la pampa, des propriétaires définitifs, sans nécessité médicale et au nom de traditions religieuses. De l'excision des petites filles à la circoncision des garçons... Et ensuite, c'est le bourreau qui, après avoir imposé cette souffrance, vient se dire victime si on le contrarie ! Quel renversement ! Sous prétexte que cela fait partie d'un culte, alors tout serait permis ? Il n'y aurait jamais de progrès possible ? Mais si j'dis ça...
L'État français a créé une mission interministérielle, la Miviludes, dont le rôle est de surveiller les dérives sectaires par manipulation mentale. Il est pourtant des idéologies bien pire que celles qui sont surveillées par la Miviludes. Pourquoi ne s'y attaque-t-elle donc pas ? Elle casse les pieds des sectes naissantes, qui sont parfois comiques, mais se garde bien de regarder du côté des religions. Avez-vous vu des témoins de jéhovah, par exemple, (si vous préférez, remplacez par une autre secte) assassiner ou brûler parce qu'on dit du mal d'eux, lapider parce que c'est dans leurs textes sacrés, faire obstacle à la liberté de croire ou de ne pas croire parce que c'est comme ça ? On dit qu'une religion est une secte qui a réussi. Mais réussi à quoi ? En matière de croyance, tout est égal, il ne s'agit jamais que de croyance. Alors, pourquoi se mettent-ils dans un état pareil ? Comment ne peut-on pas flairer tout ce qu'il y a de faux là-dessous ? Parfois on se rapproche de la psychiatrie, avec le discernement aboli ou altéré. Quelle thérapeutique possible ? « Quand une personne souffre de délire, on appelle cela de la folie. Quand un grand nombre de personnes souffrent de délire, on appelle cela une religion. » (R.M.Pirsig, cité par R. Dawkins) Mais si j'dis ça...
L'intolérable, c'est le vide. (Freud dans « L'avenir d'une illusion. ») Ah, combler le vide ! Quel programme ! Beaucoup de religions/sectes en font ouvertement leur fonds de commerce. « Après Nietzsche et Freud, ils sont si peu nombreux ceux qui osent l'affirmer. Il est difficile à un lettré de considérer autrement le fait religieux que comme une béquille métaphysique à l'usage des esprits épuisés que l'inéluctabilité de la mort et l'horreur de la corruption des corps effraient au-delà de ce que leur faiblesse peut supporter. » (Patrick Declerck) Contrairement à ce que disent les religions, notamment lors de funérailles, on peut être sans espérance, sans pour autant être plus abattu que ne le serait quiconque face à un événement personnel. Le dépassement de soi, l'apaisement de ses difficultés, le détachement, la présence apaisante de proches, la saine idée du passage des générations, ne nécessitent pas la présence d'un dieu, quel qu'il soit. Ne pourrait-on avoir une pensée construite sur la conviction que la société ne peut se transformer que par l'émergence d'une transformation radicale de chaque individu. « Dès que vous suivez quelqu'un, vous cessez de suivre la vérité. » (Jiddu Krishnamurti) Être attentif à soi-même, se connaître, n'avoir ni dogmes ni certitudes, méditer, aimer, oublier ses peurs, ne pas manquer d'humour, développer sa propre intelligence, se construire, conscient de soi-même, et avancer sur ce long chemin aventureux de l'esprit. Sans prétention. « L'homme n'a pas besoin de dieu. » (Darwin dans Généalogie de l'homme). Mais si j'dis ça...
Selon une étude mondiale de 2012, un quart des adultes se déclarent ouvertement sans religion. Les pays où les athées déclarés sont les plus nombreux sont la Chine, 47%, le Japon, 31%, la République Tchèque, 30%, la France, 29%. Par Régions du Monde : Extrême orient, 57%, Amérique du Nord, 33%, Europe de l'Ouest, 32%, Proche Orient, 30%, Asie du Nord, 30%, Europe de l'Est, 21%, Monde Arabe, 18%, Amérique Latine, 13%, Afrique, 7%. Les poches de la pauvreté mondiale sont dans ces dernières Régions du Monde. Environ 800 millions d'adultes ne savent ni lire ni écrire, en majorité des jeunes filles et des femmes, rappelle l'UNESCO. Onze pays compteraient plus de 50% d'adultes analphabètes : le Bénin, le Burkina Faso, l'Éthiopie, la Gambie, la Guinée, Haïti, le Mali, le Niger, le Sénégal, la Sierra Leone et le Tchad. Ô puissantes religions de ces pays, maintenez-les encore éloignés de la connaissance et vous les tiendrez dans vos fers pour longtemps. L'étude mentionne bien ces corrélations : la religiosité diminue chez les personnes qui ont une éducation universitaire. Plus le niveau d'éducation est élevé, moins les personnes se déclarent religieuses. La religion n'est pas « nécessaire », elle semble même être un obstacle, une cause du maintien de populations à un stade peu avancé de leur développement intellectuel et personnel. Quant aux guerres de religions, elles ne sont et n'ont souvent été que des guerres pour la domination du monde : guerres politiques, géostratégiques ou économiques. Fausseté et manipulation des masses. Mais si j'dis ça...
Soyons fiers d'être des athées, d'accomplir ce pas de côté raisonnable. C'est la preuve d'un esprit sain et indépendant. « Un monde sans dieu n'est certainement pas un enfer, mais un monde où l'homme est considéré comme le seul responsable de ses actes. Est-ce un problème grave pour l'humanité comme le prétendent les religions ? » (Olivier Bach). L'impasse est religieuse, la voie est laïque et politique au sens le plus noble du terme. Dieu en ce monde nous fait toujours perdre du temps pour rechercher les progrès de l'humanité, les valeurs humaines universelles bénéfiques à chaque femme et à chaque homme libre et de bonne volonté. Utopie ? Qu'importe ! Allons-y ! Car, quoi qu'il en soit, ta vie n'est pas éternelle, c'est La Vie qui l'est. La vie qui va vers la vie, avec respect, dans le renouvellement des grains de blé et des générations.
récit publié en octobre 2012