Brûle-palettes (3) Septembre

Je les ai eues, je les ai eues ! Depuis tout le temps que je les ai attendues. Sans broncher, calmement ! Les clés de ma maison toute nouvelle ! Je les ai eues ! Mardi dernier, dix septembre, deux heures, c'était la réception officielle. Y avait tout le gratin : Maxime le chef des travaux, Monsieur Picot le surveillant de mon assurance, Madame Flageole mon assistante sociale, plus ma mère qui a pas pu s'empêcher de venir faire sa sainte nitouche devant Maxime, et enfin Sonia ma nouvelle voisine. Grand-père avait sa pétanque, il aurait bien voulu, il a pas pu. On a fait le tour de toutes les pièces, qui sont trois avec le garage. Chacun à son tour, y en a un qui disait : ici c'est bien, là c'est bien et là c'est bien aussi ; le carrelage il est beau, les murs c'est bien blanc, les plafonds c'est bien fait ; l'eau le compteur est dans un trou dans le garage ah bon ; l'électrique faut pas bricoler les prises ; on n'a pas installé le gaz c'est pas prudent rapport à la friteuse de la fois dernière que tu sais ; les persiennes, regarde, ça monte comme il faut, ça descend aussi, normal ; les châssis au sillon battant pour aérer quand t'es pas là tourne la poignée doucement pour pas tout coincer y a un dessin qui explique ; là-haut c'est la trappe pour arriver dans les combles du grenier mais c'est pas la peine d'y aller pour passer à travers et te casser les côtes ; la chasse d'eau elle a deux vitesses ; la ventilation écoute le bruit faut laisser fonctionner et surtout pas boucher les aérations même si t'as froid ; la cuisine est équipée de ceci, de cela, et cetera, et cetera. Tout des trucs que de ma vie j'avais jamais eus. J'avais la tête qui me tournait ! Mais le poêle pour mon bois de palettes était bien là et ça m'a guéri tout de suite. Tous les invités étaient contents. Je me demande si ma mère n'était pas un peu jalouse ; elle me regardait d'un drôle d'air. Ensuite, « maintenant, passons aux choses sérieuses », qu'il a dit Maxime. Alors, debout devant l'évier qui servait de table, j'ai signé des tas de papiers. Il m'a laissé son beau stylo en cadeau et mis les clés dans mes mains propres. « T'as deux trousseaux de trois clés avec deux porte-clefs, tiens-les bien, perds-les pas ! ». Tu parles, je pensais plus qu'à ça, du coup ! Bien jolis les porte-clefs. Pour remercier tout le monde j'avais préparé des tomates et des courgettes de mon jardin et ils sont repartis avec. Ma mère voulait que je lui laisse mon double de clés ! Alors là, mille excuses, la mère ! Je voyais déjà d'ici le tableau. Pendant que je serais parti, elle allait venir s'installer ou faire visiter les lieux à ses copines ? Ce serait bien son genre. Alors non, j'ai pas eu confiance. Mon double de clés, je l'ai caché quelque part dans la maison, côté garage où, en une semaine, j'ai déjà mis un sacré fourbi. C'est impossible de les trouver là dedans sauf si je vous dis où. J'ai aussi fait visiter la maison à mon chien, y pas de raison. « Viens Bilou. C'est bon pour une fois, mon Bilou. Ici, c'est chez moi maintenant. Après tu rentreras chez toi, mais je viendrai te voir dans ta niche tous les jours. Sinon, avec tes pattes sales tu vas me faire du boulot en plus. » J'ai décidé de nettoyer la maison toutes les semaines, pour pas qu'elle nous prenne une mauvaise pente. Pour mon nouvel aspirateur, je me suis fait un petit plaisir, et puis, c'est le marchand qui a insisté. C'est tout nouveau et c'est à la mode : un robot automatique. Comme un jouet. Il se recharge à une prise et il s'en va tout seul. Formidable. Je le regarde aller et venir. Et hop, je saute par dessus quand il arrive vers moi ! Ultra moderne. Il est content en ce moment, il n'a aucun meuble pour le gêner dans ses voyages. Je crois que je vais m'en servir souvent. Ensuite, je laverai à l'eau de Javel, ça sentira bon. Dommage que je trouve pas de gants de caoutchouc assez grands pour mes grandes mains, ça pourrait le faire ! C'est qu'elle va être fière de moi, mon assistante sociale ! Maintenant que la fête est finie, on rentre dans le dur. S'installer, c'est du sérieux. L'assurance c'était pas des radins. En plus de ma maison, j'ai eu droit à six mille euros pour remplacer les meubles qui avaient brûlé. C'est tout du bénéfice ! Moins les mille euros déjà donnés au printemps dernier et avec quoi j'avais acheté le matelas, la télé et la nouvelle remorque qui va très bien d'ailleurs, moins la cotisation, les frais de dossier... Directement versé sur mon compte à la Poste. Ça va chercher dans les combien, tous ces calculs ? Je vois pas bien où je vais, c'est des gros chiffres, ça. Je vais devoir rappeler Madame Flageole ou aller la voir. Elle va me faire un plan de bataille, comme elle dit. Savoir de quoi j'ai besoin, combien ça coûte et où le trouver. « Je vais vous faire un tableau facile à comprendre », et ce sera vrai. Les aides sociaux qui sont autour de nous, ils sont bien gentils de vouloir nous donner des conseils mais souvent on comprend rien de ce qu'ils racontent, de ce qu'ils veulent dire. Ils démarrent avec des phrases pleines de mots que tu piges pas, résultat quand ils ont fini de parler d'après eux, pour toi c'est pas commencé, c'est le flou total. T'es toujours dans la case départ. Tout est à refaire. Mais comme tu oses pas redemander une explication pour pas passer pour un abruti, résultat final : zéro de comprenure ! Avec mon assistante, c'est pas pareil. C'est une bonne conseilleuse. Comment qu'elle m'explique bien ! Elle me fait des dessins, des tableaux, je comprends tout vite fait. Et si je fronce les sourcils, tout de suite elle recommence, encore plus facile. Pourvu qu'elle prenne pas sa mutation à cause de je ne sais quoi. Parce que des enfants, elle les a déjà eus, et sa retraite, c'est pas tout de suite, ils l'ont dit à la télé ! Des gens comme elle c'est du pain bénit pour les malheureux. Du coup, pour lui simplifier la vie, j'ai déjà préparé une liste genre le frigo, la machine à laver le linge, un fauteuil ou un clic-clac pour regarder ma télé que j'ai déjà depuis le Tour de France, un lit pour poser mon matelas, une table et des chaises pour s'asseoir quand elle vient... Je crois que c'est tout ce qu'il me faut ! Pas de meuble, les ouvriers m'ont fabriqué des placards, drôlement bien faits, faudra pas que je les abîme. Non, je vois pas autre chose sur la liste. Tout le reste je le trouve au supermarché, ils me voient souvent en ce moment. « Attention, t'es assis sur un tas d'or, comme il dit grand-père, c'est pas le moment de le jeter par les fenêtres. Et pas trop de babioles, c'est ton travers d'accumuler, réfléchis à ce qui rentre chez toi, tu peux changer un peu, tout de même ! » Ouais grand-père ! Plus facile à dire qu'à faire ! En plus, les gens me donnent beaucoup, et c'est pas poli de refuser. L'un dans l'autre et plus ou moins, les gens m'aiment bien. C'est pour ça que moi je me déteste pas, autant que possible. J'irai pas de bon cœur habiter dehors. Pourquoi se faire du tort, après tout ? Des fois on entend parler des clochards, non, comment qu'ils disent déjà, des esclus pas enserrés ; ça veut dire si j'ai bien compris que ces gens-là savent pas se trouver un endroit où ils seraient tranquilles chez eux au chaud, même une petite cabane tout simplement, se mettre quelque part où ils pourraient se dire : alors là c'est chez moi et qu'est-ce que je suis bien ! À la limite, moi je veux bien être clochard, mais avec une maison pour dormir la nuit, au moins ! Tout de même, je suis content d'être dans ma vraie maison. Je peux l'avouer, maintenant que c'est fini : mon cabanon, c'était pas mal, mais ça tenait un peu avec des briques et des broques à la fin. La Mairie, par derrière, elle avait eu pitié de moi. Le midi, je pouvais aller manger à la cantine du Foyer des Personnes Âgées de la Place Salengro. Exceptionnellement, qu'ils ont dit. Merci la Mairie, mais tant mieux que c'est fini, parce que ça va vraiment pas vite là dedans. J'avais pas l'habitude de ça, moi je casse tout le temps la croûte au lance-pierres. Entre les plats, j'ai eu bien de la marge pour me faire des nouveaux amis. Je retournerai les voir, c'est sûr. C'est pas de leur faute s'ils sont affligés comme ça. Et on ne sait pas ce qu'ils pensent dans le fond. Ils ne disent jamais trop rien ! Même si y a des vieux qui sont tombés sur la tête, l'ambiance est bonne. C'est plutôt calme. Les animateurs font leur possible pour les animer un peu. On a dit qu'on allait faire une équipe de foot. Mis à part que là-dedans ça fait beaucoup de monde d'un seul coup, sinon c'est un peu des gens comme mon grand-père. En plus ralentis tout de même !

Depuis que j'ai fait connaissance avec ma nouvelle voisine Sonia, de la petite maison d'à côté, je suis plus le même homme. Je me suis bien transfigouré. « Si elle vous ouvre des horizons nouveaux, pourquoi pas ? » qu'elle m'a dit Madame Flageole qui l'a rencontrée à l'inauguration. Je vois à peu près ce que ça voulait dire. Sonia, on était déjà voisins quand on était petits. J'avais oublié. C'est elle qui me l'a rappelé. Mais j'ai une excuse, elle avait plein de frères et sœurs, et moi presque fils unique (j'ai eu seulement une sœur qui a disparu). Ils avaient bien fait de s'arrêter là, mes parents ! On n'habitait pas par ici. C'était du temps où on traînait dans la rue tous ensemble, avant que les gens des bureaux décident de nous reprendre à nos parents qui avaient dépassé les bornes sur notre dos et qu'on parte en foyer. « C'est un bon hasard qu'on s'est retrouvés, c'est un signe du ciel » qu'elle me dit Sonia quand elle vient boire le café. Un signe du ciel, moi je sais pas ce que c'est. Mais elle m'a bien dépanné, depuis trois mois, pour la rallonge de l'antenne télé à travers le grillage alors merci Sonia. On a déjà fait des sorties ensemble. C'est qu'elle est débrouillarde, Sonia ! Elle m'a expliqué pour les bus (je lui ai pas dit mais je préfère mon vélo) et un dimanche au mois d'août, on a acheté des Pass pas chers pour aller en train jusqu'à la mer. Je n'y étais plus retourné depuis la colonie de quand j'étais petit, même que j'aimais pas trop, j'avais froid et j'avais peur de l'eau. Dans le train, malgré que c'était la cohue à l'aller et aussi au retour, qu'on était serrés comme des tartines, avec Sonia, tout avait l'air simple. On est allés se baigner, enfin, se mettre dans l'eau. Sonia, elle sait nager, elle. Et puis quand on en a eu plein les pattes, on a quitté la plage de sable. On a remonté l'escalier en pierre au moment où toutes les familles en grappes commençaient à occuper les lieux. Au point de nous bloquer le passage avec leurs pelles et leurs seaux. Quand y a trop de monde, moi j'appréhende, je cherche une issue de secours. Mais avec Sonia ça allait. Après, on s'est promené le long de la digue. Elle m'a donné la main en me regardant drôle. Et j'ai pris un coup de soleil. J'ai rien annoncé à grand-père mais j'ai peur que quelqu'un lui mette la puce dans l'oreille. Avec Sonia, je suis comme ci comme ça. Ils ont de la chance, ceux qui ont eu une bonne enfance, ça les rend sûrs d'eux, de ce qu'ils doivent décider de quoi faire. Elle me tente, Sonia. Je dis pas que j'ai pas confiance. J'hésite. J'y ai mis le doigt, j'ai peur que tout le bras y passe. Et puis après, où que ça s'arrête ? Pour l'instant, entre nous, c'est en tout bien tout bonheur. C'est pas qu'elle est pas gentille, Sonia. Au contraire, elle tirerait des larmes à des cailloux. Mais j'aime bien aussi ma liberté et j'ai peur qu'elle me commande, comme elle faisait déjà ma mère... Tiens, par exemple, ces jours-ci, Sonia m'a demandé : « pourquoi tu t'inscris pas au pôle-emploi ? » Bon. Moi ça fait plusieurs fois déjà que je me suis fait irradié du pôle-emploi. Ils me trouvent rien comme boulot (faut dire que je suis pas facile à caser) et puis un jour j'oublie une date, un papier, une signature, un rendez-vous, et pouf, tout est par terre, faut recommencer depuis le début. J'ai frappé toutes les portes et tout ça pour une épée dans l'eau. Je me suis découragé, à force. Et puis je suis déjà bien occupé comme ça, mon jardin, mes palettes, rendre service par-ci par-là, et tout et tout. Après, une autre fois, Sonia elle a regardé ma liste et elle m'a dit : « t'as oublié plein de trucs à acheter pour ta maison ! » Oh là là ! Ma maison neuve, c'est tout neuf, je voudrais bien l'avoir un peu pour moi, pour moi tout seul, comme je veux, vraiment comme je veux, parce que ça m'est jamais arrivé dans la vie ! Elle peut comprendre, ça ? Mais le pire jusqu'à maintenant, et là j'en croyais pas mes oreilles, c'est quand elle m'a dit comme ça d'un air de pute en blanc, « mais pourquoi tu brûles des palettes, y t'ont mis le chauffage électrique ? » Là, ça a été trop loin dans le bout de ma tête. Mais c'est peut-être parce qu'on boit le café debout, y paraît que ça porte malheur. Mais j'ai pas encore eu mes chaises. Sinon, qu'est-ce que je peux dire à Sonia ? Elle va sans doute me répondre quelque chose du genre « mais c'est rien Sébastien, pas de chichis entre nous, y a pas de quoi fouetter mon chat, des contrariétés si on veut, on en a tous les jours. » Ben non justement, des contrariétés moi j'en ai pas tous les jours. Ça peut arriver, comme quand le câble électrique de ma tondeuse va se coincer au dernier moment entre deux branches d'un sapin, ou quand il a grêlé sur mes premiers plants de tomates et que j'ai du en racheter, ou quand j'ai un pneu qui se dégonfle à mon vélo, ou quand y a eu le feu à ma maison. Sinon, ça roule tout seul ! Même au début que je connaissais Sonia, quand on a tiré le câble télé entre les deux jardins par exemple, ça allait. Et puis un jour il a fallu qu'on se regarde les yeux dans les yeux. Longtemps. Sans rien dire. L'amour, c'est un drôle de truc, ça ferait souffrir ? Mais souffrir, c'est comme fumer. Un jour faut bien décider de s'arrêter. Et moi qui ai jamais trop fumé je ne voudrais plus trop souffrir, parce que, dans le temps passé, j'ai déjà eu double dose avec mon père et ma mère. Je me sens un peu dérangé, un peu coincé, découragé même. Des fois, je passe devant le nouveau miroir qu'ils ont installé dans la salle de bains. Avant c'est par habitude que j'y jetais un coup d'œil, dans les miroirs. D'autant que j'en avais pas besoin pour me peigner, avec mes cheveux courts. Je n'y portais pas d'attention. Maintenant, je m'approche du miroir, de plus en plus près, je mets le nez dessus, au bord du bord. Je me regarde et je m'interroge. Je me pose des questions aussi sottes que grenues, du genre : Je suis qui moi ? Je vais où comme ça ? Pourquoi des fois mon estomac fait des nœuds ? Pourquoi d'un coup je perds les pédales ? Ça a été dur pour moi tous ces changements. Il faut en revenir, être raisonnable. Je peux même pas aller en causer à grand-père, je connais déjà sa réponse, du genre : la poule ne doit pas chanter avant le coq, ou bien : passe pas ton temps à enfiler des perles ! Je serais pas avancé. Pas à mon dentiste non plus, avec qui j'ai pris rendez-vous, vu le mal que j'endure depuis plusieurs semaines. Le dentiste, quand t'es dans son fauteuil, pas moyen de lui parler, t'as tout le temps la bouche grande ouverte. Et puis, y me répondrait sans doute comme elle m'a fait Sonia avec son sourire taquin et racoleur : « ah, mal de dents, mal d'amour ! » S'il elle me voyait avec des dents en moins, qu'est-ce qu'elle dirait, Sonia, ça pourrait la calmer ! Aller voir mon copain Sullivan qui est rentré à l'usine comme son père et qui commence à s'en mordre les doigts ? Pas la peine d'y penser. Ça rumine pas mal dans sa tête chez lui aussi ! À ma mère ? C'est vrai qu'elle a du temps à perdre, vu qu'elle est toute seule, son marlou s'est déjà fait reprendre à barboter du sans plomb pour son scooter volé. Alors la justice lui a retiré son collier électronique et l'a renvoyé directement en prison. Y en a, vraiment, tu peux rien en tirer ! Pourtant y paraît que ma mère voulait l'aider à se réincarcérer. Bref, je la vois d'ici, ma mère : « je sais tout comment qui faut faire mon petit garçon la vie je la connais par cœur comme ma poche c'est pas toi qui vas me l'apprendre » et elle va filer chez Sonia pour lui monter le bourrichon... La honte à ma tête ! Comment faire alors, c'est quoi ça, au moment même où j'ai tout pour être heureux ? À qui c'est qu'on parle de ça ? J'ai pas de chagrin, mais comme un malaise. Mon docteur ? Je vais pas l'embêter avec ça. Je voudrais pas qu'il lui prenne l'idée de changer mes gouttes. Mon assistante sociale, elle va me dire : « vous savez, Sébastien, ce n'est pas ma spécialité, moi c'est plutôt les chiffres ! » C'est Madame Yvonne que je devrai aller voir finalement. Madame Yvonne, c'est l'infirmière de mon potager et c'est grâce à son ordonnance des deux seaux d'eau par semaine que j'ai réussi à sauver mes arbustes après l'incendie. Madame Yvonne, elle a les pieds sur terre, en plus de ses béquilles. Elle a du bon sens et elle sait tenir sa langue, même si question jardin elle l'a bien pendue. Elle m'a bien dépanné déjà il y un mois, quand ma pauvre tante nous a quittés. Figurez-vous que la deuxième fille de Madame Yvonne elle a un demi-frère du troisième mariage de son père qui habite juste dans la ville où vivait ma tante. Vous me suivez ? Coup de chance, ça faisait longtemps qu'elle l'avait pas vu. C'est toujours bien de parler. J'ai fait le voyage dans sa twingo, aller et retour non non rien à payer ça m'a fait plaisir qu'elle m'a dit, et tout le monde a été content. Sauf mon oncle qui l'avait gros sur la patate, vu qu'il aurait plus ma tante pour voyager en camping-car. Tout ça pour expliquer que si Madame Yvonne elle a besoin de moi pour son jardin et ses légumes, moi j'ai besoin d'elle pour mes tracasseries. Elle m'a déjà expliqué cette affaire là pour les plantes. C'est quand deux plantes sont bien ensemble, qu'elles ont une bonne entente, qu'elle m'a dit. C'est comme cette espèce d'oiseau qui n'a pas peur d'aller manger les restes de l'antilope entre les dents du crocodile même que ça remplace le dentifrice... Mais c'est pas un bon exemple, c'est pas dans nos jardins. Alors, ça s'appelle comment déjà ? Ah je l'ai sur le bout de la langue, ça m'énerve ! C'est un nom à coucher dehors. Parasite ? Non, non. Je crois que c'est saint quelque chose. Je ne sais plus, je vais lui redemander. En tous cas, ce serait bien si c'était comme ça aussi avec Sonia, où y en a pas un qui piétine l'autre même s'il lui dit après pardon je m'excuse pas fait exprès. Où y en a pas un qui bouffe l'autre même par distraction sans le vouloir vraiment. Où on n'est pas obligé de trop penser dans sa tête à des choses du genre : c'est un peu fort de café ce qu'elle me raconte là ! Mais c'est vrai qu'avec Sonia, on se connaît pas encore dans les coins, ça peut changer, après que j'ai mes chaises et mon lit. Sinon, je pense que les carottes sont cuites. Et que je préférerais rentrer dans ma coquille et chanter du Frédéric François plutôt que d'avaler des couleurs ou de me mettre la corde au cou. Bon, dis donc Sébastien, ça cogite, ça cogite, mais pendant ce temps-là, y a plus rien qui avance... Allez hop ! Mon vélo, ma remorque, à nous trois ! En avant, unis comme les doigts de la main ! J'ai repéré un filon de vieilles planches sur le pignon de la Ferme des Six Chemins. C'est pour nous, si je m'y prends bien ! Allons-y gaiement !... Et c'est parti ! « ♪♫ Laisse-moi vivre ma vie...♫ Non je ne regrette rien...♪♫ Je ne veux plus être celui...♫ Qui ne connaît que des chagrins... ♪♫ la... lala... lala... lala...♫♫ »

récit publié en septembre 2013

Brûle-palettes (3) Septembre