Brûle-palettes (2) Juin
Je suis défoncé de fatigue. Je cours partout, je sais plus comment je vis. Mais courir comme ça, faut que j'arrête un peu, tu vas voir qui va m'arriver quelque chose et ce sera bien de ma faute. « T'es énervé, qui dit mon grand-père, c'est pas bon. Tu prends bien tes gouttes au moins ? Tu promets ? » J'aime pas quand mon grand-père me parle comme ça. Je le sais bien, ce que je dois faire, je ne suis plus un gamin. Et en plus, pour moi, les gouttes c'est sacré. Je serais malheureux si je devais m'arrêter. Mais le docteur m'a rassuré, je peux continuer d'en prendre. J'ai quitté la maison de ma mère. J'ai pas non plus été habiter chez Ramoleux ni au P'tit Chouette. J'aime pas trop la vie en groupe, j'en ai trop soupé des règlements : mes vieux m'ont mis en foyer quand j'étais petit, alors ça va bien. Ça a été vite réfléchi. Et j'ai préféré garder mes sous et habiter dans mon cabanon. Même qu'en plus, ça me permet de suivre le chantier de ma maison. Dans le cabanon, ça ne sent plus le renfermé. J'ai nettoyé les poils d'araignées, fait le grand ménage et les carreaux, et mis un rideau, enfin, un morceau de toile cirée, pour qu'il fasse bien noir quand je dors. J'ai même acheté une bombe à lavande, pour mettre du sent-bon partout. J'ai cloué des grands cartons sous les chevrons du toit, pour isoler. J'ai rangé tous mes outils dans un coin et posé sur le ciment des vieux tapis bien épais récupérés à la déchetterie. Au début, au mois d'avril, j'ai pas eu très chaud la nuit, j'ai gardé ma capote et mes chaussettes. J'ai trouvé des draps et des oreillers chez Bébert le Roi du Pas Cher, et des couvertures au Secours Populaire. En plus, par l'assurance, j'ai eu un peu de sous, pour commencer qu'ils ont dit, pour remplacer mes meubles qui avaient brûlé. Alors, ni une ni deux, je me suis fait livrer un beau matelas tout neuf et je l'ai posé sur deux palettes dans le cabanon. J'ai très bien dormi, gardé par mon chien Bilou. « Vous êtes un dégourdi » qu'elle m'a dit mon assistante sociale. Ça me rend fier. Et les ouvriers m'ont félicité. Maintenant ça va, c'est l'été. Je suis bien. On ne peut pas mieux. Alors, pourquoi courir comme ça ? On est en juin, les feux de la Saint-Jean, c'est bientôt. J'irai parce que j'aime bien les belles flammes. Ça va réchauffer l'ambiance ! Ce qui est super bien aussi, c'est la reconstruction de ma maison. Ça avance vite. Faut dire qu'elle est pas grande ma maison, à peu près douze mètres sur cinq mètres, avec le garage. Je le sais parce que j'ai mesuré avec mes pieds. Je pourrai rentrer dedans officiel en septembre si tout va bien. Tant mieux parce que passer le prochain hiver dans le cabanon, ça me tente pas. On n'est pas des clochards, tout de même ! Ma maison, ils l'ont reconstruite en briques et en tuiles, c'est beau comme tout. Dans le séjour (c'est écrit comme ça sur le plan), ils ont mis une porte-fenêtre qui donne dans le jardin. Je ne savais pas moi que j'aurais pu en avoir une aussi. C'est formidable comme paysage. Et dans ma chambre, un châssis carré avec une belle vue sur mes tas de bois entassés dehors. C'est bien, la nuit en dormant, je pourrai les surveiller, si je descends pas la persienne. Maintenant, ils s'occupent du dedans, le carrelage, les toilettes, la douche, les prises de courant, l'eau chaude et tout le bastringue. Le conduit de la cheminée est fini. Je l'ai surveillé, celui-là, comme le lait sur le feu, rapport à brûler mes palettes. Le poêle arrive bientôt. Ils me l'ont dit, et aussi qu'il sera ni trop grand (j'ai une petite maison), ni trop petit (j'ai des grands bouts de bois). Le garage sur le côté, ça c'est encore mieux que je pensais, j'ai hâte de pouvoir l'utiliser, j'ai déjà plein d'idées à mettre dedans. Mais pour le moment rien à faire, les ouvriers veulent pas. Pas avant la fin des travaux et la remise des clefs, c'est à cause des assurances, ils ont insisté, tu rentreras pas avant. Alors là, si c'est à cause des assurances, respect ! Je regarde de loin. Je me demande si je suis pas un peu casse-pieds des fois avec les ouvriers à toujours leur poser des questions. Ça me fait trépigner en moi de devoir poireauter comme ça. Mais eux, ils savent quoi et c'est des balèzes comme travailleurs. Vaut mieux trop rien dire et attendre tranquillement, comme ils me disent. Mais tranquillement, je voudrais bien vous y voir, vous ! En tous cas, c'est vrai, comme on dit : mieux vaut un petit chez soi qu'un grand chez les autres. Moi de toutes façons, un grand chez les autres, j'en aurais pas eu, et puis les autres... Alors j'attends après mon petit chez soi. Qui commence à faire des jaloux, je crois... Il paraîtrait qu'il y en a, et même que je sais qui, qui disent dans mon dos que c'est moi qui a foutu le feu à ma baraque pour toucher l'assurance. J'étais même pas là ! Pouah ! C'est pas beau, les jaloux ! Moi j'ai pas été jaloux quand eux ils ont pu changé leur mobilhome après qu'il a brûlé sur le terrain de chez la Mère Bayart. « Passe à autre chose, qui m'a dit grand-père, t'as ta conscience pour toi. Et surtout, fais pas ton fier-à-bras avec ta nouvelle maison, reste comme d'habitude. » Ouais, grand-père.
Ça s'est tassé, la sale affaire avec les enfants de l'école. À la gendarmerie, c'est Maurice, mon révèrent. C'est lui qui suit ça de près depuis plusieurs mois et, tenez-vous bien, j'ai eu grain de cause. Je lui ai dit à Maurice, si on peut plus regarder les écoliers en face maintenant ! C'est pas un crime enfin ! On peut quand même pas toujours marcher les yeux baissés. C'est pas moi qui suis un danger public. S'il veut savoir, y a bien pire que moi. Et j'en connais personnellement. Mais je vous dirai pas qui, je suis pas un cafteur. C'est ça que j'ai dit à Maurice. Quand je passais devant l'école, j'ai jamais eu d'idée derrière la tête. J'ai déjà pas trop d'idées à la base. Et je suis pas plus bizarre qu'un autre. Pourtant, des enfants qui se moquent, et même de moi, j'en ai déjà vus souvent. Et j'en ai pas fait toute une histoire ! Maurice m'a seulement recommandé d'éviter la rue de l'école, dans mon intérêt qu'il a dit. Bon, bon, si ça peut lui faire plaisir, j'ai pas envie de me le mettre à dos. C'est mieux de rester en bonne sympathie avec des haut gradés en uniforme comme ça. Car on s'est fait repérer sur autre chose. Un jour, mon copain Max et moi, on a eu l'idée d'emprunter la voiture de son père à Max. Attention hein, Max il a son permis, un vrai permis. Mais il est chouette et il a voulu me prêter le volant. Bien à tombé, j'ai calé au beau milieu d'un grand carrefour à cinq heures du soir. On avait mal calculé notre affaire. Max m'a repris le volant. Il ne savait plus redémarrer ! On a poussé la Laguna sur le côté mais qu'est-ce qu'on s'est fait incendier par des gens. Qui nous ont reconnus et ont été le raconter à son père ! Et je vous ai pas dit le pire, c'est que son père à Max il est gendarme à la brigade ! « Gare à tes puces, gamin ! Mais bon tu verras c'est comme ça qu'on apprend la vie » qu'il a dit mon grand-père en me regardant dans les yeux et en fronçant les sourcils. Mauvais signe. Je me tiens aux carreaux maintenant. Alors, en attendant d'entrer dans ma nouvelle maison, j'aménage mon jardin. J'ai retourné la pelouse, enfin, les touffes d'herbe qu'il y avait par-ci par-là. J'ai jamais réussi à semer une vraie pelouse. Et puis, c'est mon chien aussi, il me simplifiait pas l'attache... Maintenant, c'est décidé, mon chien reste à sa chaîne ou dans sa niche pour pas déranger les ouvriers ni mes légumes qui poussent. On peut pas dire que j'avais fait grand-chose dans le jardin jusqu'à maintenant, à part entasser mes palettes. Mais là, depuis que j'ai vu Madame Yvonne, j'ai eu une révélation : il faut se faire un potager, c'est bon pour la santé ! Madame Yvonne, je l'ai rencontrée un jour que j'allais aider mon copain Sullivan à bêcher son jardin à Madame Yvonne. La pauvre femme, c'était toute sa vie, son potager. Mais malheureusement pour elle, y a eu l'arthrose qui s'est jetée dans ses jambes. Aujourd'hui, elle n'a même plus la force de supporter sa binette et elle n'a plus que ses yeux pour faire bosser les autres. Le soir, on a quelques pièces, alors on y va de bon cœur. Madame Yvonne, c'est un moulin à paroles. Ça, la parlote, ça va chez elle. Elle m'explique en long et en large comment je dois m'y prendre pour avoir des bons légumes. Écoute-moi bien Bastien, (mon vrai nom c'est Sébastien, mais bon !) écoute, à ce moment de l'année, il faut que ta terre soit prête. Écoute bien ce que je te dis, Bastien (Sé-bastien !) maintenant tu peux semer les radis et planter les petits oignons. Écoute-moi Bastien, (là j'abandonne !) il faut repiquer les plants des tomates et des courgettes... Et toujours elle me dit qu'il y a du nouveau. Elle sait tout par cœur, c'est incroyable ! C'est ça, et puis ça, et puis ça, et n'oublie pas ça, et encore ça... Je finis par m'emmêler les pinsons. Tant mieux qu'elle pourra pas venir jusqu'à chez moi : mon potager, c'est pas encore au point, question d'être bien cultivé et que ça rapporte. « Mais c'est un bon début » qu'elle me dit mon assistante sociale, qui est toujours encourageante ! Alors je continue. Autour de mon terrain, les arbres qui ont brûlé, disons, qui ont eu chaud à cause de l'incendie, je les ai retaillés proprement, comme on dit, et je les arrose encore, en cas qu'ils nous en voudraient pas trop. Je fais comme elle m'a dit Madame Yvonne : un seau d'eau au pied de chaque arbre, deux fois par semaine. Je respecte à la lettre, comme pour les médicaments. Madame Yvonne c'est le docteur de mon jardin. Mais elle vient pas à domicile. Pour le moment, j'y vois rien de nouveau comme bourgeons dans les arbres. C'est pas parce qu'il y a des docteurs que les gens meurent pas, alors les arbres ! S'ils ne reprennent pas, j'accrocherai une bâche verte sur mon grillage. J'en ai vu au camion d'Outiroc. C'est beau aussi. J'aime bien être un peu chez moi, quand même, pour faire mes petites affaires et écouter les chanteurs. En parlant de ça, on en entend des drôles de nouvelles à la radio. Je me demande pourquoi j'écoute encore. Ils disent qu'on a trouvé un mammouth, et qu'on ne sait pas s'il est mort dans un accident de falaise ou s'il a été tué par un homme des cavernes. J'ai entendu aussi qu'ils ont découvert de l'eau sur Mars. Et puis que, il y a des milliers d'années, Toutankhamon le pharaon était mort d'un seul coup à 19 ans, mais qu'on n'est pas sûr de quoi, en tout cas que son fémur gauche était cassé. Et toutes sortes d'histoires qui datent du temps de Mathusalem, ou d'affaires qui sont bien trop loin pour nous les voir en vrai. Et c'est jamais fini, entre les réclames. Mais ça nous sert à quoi ? Ça nous bourre la tête tout ça, ça nous fiche des migraines. Qu'est-ce qu'on en a à faire ? Ça nous rend pas plus heureux, là tout de suite, surtout quand on préfère les chanteurs. Et ça nous empêchera pas de mourir en tous cas. Au fait, à propos de mourir, Monsieur Sartel, que je croisais en allant voir mon bon copain Jean-Claude et qui avait un château pourri plein de livres et de bouteilles, lui aussi il est mort, au milieu de son sommeil de poivrot et de ses vieilleries crasseuses. On se déglingue, on se déglingue, on part en morceaux, et puis à la fin on part tout court. C'est comme ça. Et c'est toujours les meilleurs qui s'en vont les premiers. Mais pourquoi je dis ça ? Quelle connerie ! C'est vrai une fois sur deux, tout au plus ! Regarde mon père qui est mort le premier, c'était loin d'être le meilleur ! Remarque, ma mère... Bref, le vieux Sartel, je le savais pas, mais il avait aussi une autre maison au cimetière ; ils l'ont enterré dans sa chapelle familiale, un bâtiment en briques avec une toiture en tuiles, mais pas de cheminée, tout de même ! Bien plus propre que son château, et aussi grand que mon cabanon ! Enfin, y en a qui s'embêtent pas et qui savent prendre leurs aises, pour plus tard ! Quel cachottier, ce Sartel. En tous cas, son château, c'est la Mairie qui va le reprendre. Elle va mettre la main dessus pour faire ils savent pas trop bien quoi avec, mais ils veulent surtout récupérer son grand jardin pour construire des parkings. Je leur souhaite bon courage, ils en auront du boulot, tout y est à refaire. Même le terrain c'est un vrai dépotoir ! Le cantonnier m'a raconté. Il a ses entrées dans les grands bureaux de la Mairie. Il m'a dit tout net : « ce qu'il y a encore dans le château, y vont tout mettre à la benne. » À la benne ? Quel gâchis ! Ils ont mis des barrières tout autour. Pour moi, c'est cuit pour récupérer. Si au moins le père Sartel avait eu l'idée de faire son partage avant de mourir, il en aurait arrangé des gens que je connais, à commencer par moi. À propos de ça, c'est drôle la vie, y a des semaines entières sans enterrement, et puis tout d'un coup, hop, hop, hop, ça démarre, ça dégringole de partout... Comme si de là-haut ils organisaient des transports en commun pour le ciel. Du coup, tous les jours, y a du boulot pour Léonce qui bat la mesure dans l'église. Et les pommes funèbres y savent plus où donner de la tête. Au fait, je vous ai pas dit ? La remorque à Léonce, avec sa bâche rouge, finalement, il la vendait plus. C'est à cause de son grand fils qui fait des grandes études dans une grande école et qui veut la garder. Pendant ses vacances, il va faire le Tour de France avec. Alors ça, ça me dépasse. Une remorque pour faire le Tour de France ! Le Tour de France, moi je préfère le voir à la télé. D'ailleurs, c'est bientôt, il faudra que je me bloque mes après-midis. Mais où c'est que je vais le voir cette année. Ma maison est pas prête et j'ai pas de fauteuil. Et si j'installais une télé dans mon cabanon, ça ferait comme un camping-car, sauf qu'il ne serait pas au bord des routes. Ça m'empêcherait pas d'encourager les coureurs ! Faut vite que je m'occupe de ça ! Je vais essayer de me brancher sur ma nouvelle voisine. Comme j'ai pas eu la remorque à Léonce, avec un nouveau copain (des copains, j'en ai tellement eu qui sont morts qu'il faut bien les remplacer) on a été chez les Vélos Peugeot. J'ai commandé une remorque toute neuve. J'étais nerveux. J'ai acheté sur un catalogue, ça fait drôle, c'est pas normal, tu le vois pas vraiment ! C'est mon copain qui m'a rassuré : « Moi, je fais tout le temps comme ça, t'inquiètes pas ! Tu vas voir, dans une semaine elle sera sous tes yeux dans le magasin. » Là, j'attends après. Est-ce que j'ai bien fait ? Je suis comme pas tranquille. Mais je sais déjà que je vais garder l'autre, pour faire les gros travaux comme glander des patates ou trimbaler des saletés. Tout'manière, je le sais bien, ma vieille remorque, je saurais pas m'en séparer. Ça fait trop longtemps qu'on est ensemble, elle et moi.
C'est le jour de la tête de veau au café de la Mairie. J'ai été réserver nos places parce que c'est toujours complet. La tête de veau, c'est sacré. Je sais pas tout ce qu'ils mettent là-dedans, c'est José le cuistot, un jour je lui demanderai, mais qu'est-ce qu'on se régale en plus qu'on est bien reçus, mes potes et moi ! Le jour de la tête de veau, c'est aussi le jour de mon grand décrassage. Mon assistante sociale, elle me le rappelle souvent : « Faut pas se négliger. Alors, frotter fort et changer tous ses habits, c'est bon pour le moral, et ça enlève les microbes ! » Pour ça, en attendant ma nouvelle salle de bains, je vais chez grand-père, car chez ma mère la douche est déjà occupée par son barda. De chez ma mère, j'ai pris la porte, et pour longtemps je crois ! J'y suis plus retourné depuis que j'ai vu ce que j'ai vu. Parce que j'avais pas encore tout vu. Ça m'a donné la chair de la poule ! Mon père, il était à peine refroidi qu'elle avait déjà récupéré un sacré marlou dans sa maison. Il serait sorti de Centrale, euh de Prison Centrale plutôt comme elle m'a dit en douce sa voisine à ma mère. Ni une ni deux, je lui ai plus rien dit à ma mère, et je suis parti, comme ça, sans me retourner. T'façon, il y avait pas moyen de causer, elle avait du coton dans les oreilles, comme d'habitude. Et de ces cernes autour des yeux, jamais vu ça à ce point là ! M'est d'avis qu'elle court tout droit à sa porte. Qu'elle vienne pas frapper à la mienne, quand il aura réussi à la fiche dehors de chez elle, ce zigoto ! C'est incroyable. Faut pas pousser ma mère dans les orties, elle a toujours su y courir toute seule. Ma tante Marie, la sœur à ma mère, elle a bien mieux tourné que ça ! Et pourtant, la voilà partie à l'hôpital, et ça c'est quand même pas juste. Ma tante, elle pensait l'échapper belle, et pouf ! Ce qu'elle a, comme maladie, j'ai rien compris, et puis c'est des mots qu'on doit pas répéter. Mais on a dit qu'elle en reviendra pas, de l'hôpital. Elle a quand même pas de chance dans son malheur. Parce qu'elle avait tout pour elle, ma tante, une belle maison, un mari qui la frappait pas, et même un métier, en plus. Elle qui allait prendre sa retraite, ce sera pour toujours. C'est bizarre, la vie ! Elle habite trop loin, ma tante, je sais pas y aller à vélo. Pourtant, la famille, c'est en premier que je la mets ! Mais j'aime pas les hôpitaux, en plus. Déjà, on se perd tout le temps dans des couloirs qui se ressemblent. Et puis on ne sait jamais de quel côté regarder ni comment se tenir. Moi ça me gêne tous ces invalides qui sont dans des lits et qu'on peut franchement rien faire pour eux. À l'hôpital, j'ai été une fois, quand j'étais plus petit. J'avais des glandillons et ils m'ont opéré vivant. J'entendais tout ce qu'ils se disaient entre eux et tout ce qu'ils me faisaient. J'aimais pas trop ça. Alors, j'y retournerai jamais tout seul. Sauf avec les pompiers peut-être, si ça se trouve que j'ai encore pas de chance !
Eh là !... Touche du bois, Sébastien ! Ne dis pas de bêtises et ne te laisses pas aller. Tout ton avenir est devant toi. Et surtout, surtout, la maison de tes rêves. Attends encore un peu, quelques semaines, et elle est à toi...
récit publié en juin 2013