S'affranchir
Je me suis affranchi du passé du futur,
De mes jours de tourments, j'en ai fait la lecture.
J'ai dansé sur mes peurs, mes parts envahissantes,
Respiré le parfum d'une aurore naissante.
À l'instinct j'ai frémi devant la vie féconde,
Retraversé le gué d'une venue au monde,
Visité le bébé jouant avec ses doigts,
Le bambin oscillant sur son cheval de bois,
Puis l'enfant de six ans, épanoui, curieux,
Et l'audacieux ado qui lui fait ses adieux,
Embrassant goulûment sa première jolie fille
Levant des émotions, aiguisant les papilles.
Jeune majeur, j'ai flotté sans grand discernement,
En tracs anciens, en vœux et en tâtonnements.
J'ai joui sans répit de ma paternité,
Heureux de fréquenter ces trois vitalités,
Blondinets, caressants et hauts comme trois pommes,
Devenus pionniers de leurs jours autonomes ;
Dans leurs vies créatives, ils aiment l'expansion,
Je bénis leurs sourires, leur paix et leurs passions.
J'ai retrouvé en moi l'ami que je cherchais,
C'est un précieux trésor resté longtemps caché,
C'est mon ange gardien, c'est mon guide intérieur,
C'est lui qui m'affranchit, rend mon monde meilleur.
J'ai embrassé, du jour qui vient, l'incertitude
Et loué le chemin menant vers l'altitude.
Ce que m'offre le ciel ne sert pas qu'aux voyages
Qui mènent aux confins. Flanqués de leurs bagages
Les exaltés d'ailleurs et les mordus d'affaires,
Cherchant leur paradis, trouvent souvent l'enfer,
Et s'évertuent encore à penser d'autres cibles ;
Courir les convoitises, c'est vivre l'impossible.
Les ciels épanouis sont les plus attachants,
Cirrus éblouissant le rosé du couchant,
Et mes yeux s'écarquillent, j'en redemande encore.
Sensations bénéfiques. Douces pensées. Accords.
Mon âme voyageuse s'offre quelques parcelles,
Bien plus fort que mon corps, d'amour universel.
Je savoure un fruit doux, assis devant la plage
Où maintes vanités, de soi, font l'étalage.
J'observe le ballet des enfants intrépides,
Ils sont curieux, finauds, effrontés et rapides.
Des goélands m'approchent de quelques pas subtils.
Ils sont mes familiers. Et de ces volatiles,
T'en es-tu toi aussi enfin bien affranchie ?
Tes craintes et tes colères les as-tu bien franchies ?
Le monde qui t'entoure, écarte-le un peu,
Il ne sera jamais autrement qu'il ne peut.
Tu nages dans tes joies mais tes peurs te surchargent.
C'est le vouloir des autres qui grignote tes marges !
Et tandis que tu portes ton immense désir,
Ils étouffent parfois tes plus simples plaisirs.
D'anciennes solitudes, accueille l'émotion.
Pleure, ris, et fais fi de tes réputations.
N'attends plus rien des autres, du futur, du passé.
Jour après jour accueille, assouplis tes pensées,
En toi la résidence de ton autonomie,
Car tu es ta compagne, tu es ton bel ami.
En toi le créatif, agis, mets-toi en piste,
Du meilleur de toi-même redeviens cet artiste.
poème publié en décembre 2014