Dérisoire est la nostalgie

Brunes, blondes ou rousses, vas-tu les agonir
Si quelques longs cheveux t'obligent à te munir
De gants pour le ménage à grands coups de balai
Quand le temps est venu de les voir s'en aller ?

Tu aimes réveiller des tas de souvenirs,
Jusqu'à imaginer qu'on pourrait rajeunir.
Tes plus gracieuses valses déjà sont envolées...
Toutes tes nostalgies, vas-tu les dérouler ?

Tu courais comme un fou, et puis les années passent.
Et ton corps vigoureux qui réduit son espace...
Dépose un peu les rames et range ton radeau,
Viens donc te délecter de chaque instant cadeau.

A quoi te serviraient ces paquets de regrets ?
De tous les disparus partis bon gré mal gré,
Des chansons populaires, des libations futiles,
Des virées touristiques et des manifs stériles,

D'un monde qu'adolescent tu souhaitais paisible,
D'un mur de boucliers protégeant le sensible,
D'une enfance imparfaite, d'une drôle de carrière.
De n'avoir pas assez fait entrer la lumière.

De ta lointaine histoire n'être pas tributaire,
Et de ton vague à l'âme ne dresser d'inventaire.
Tu n'es pas la teneur de ton vaste passé
Et tu n'es pas fautif de ce monde cassé.

Finies les idées noires, aujourd'hui tu préfères
Les ciels bleus, orangés. Le reste t'indiffère.
Tu joues de la musique pendant que d'autres triment,
Plutôt que de pester tu accordes des rimes.

N'être pas fataliste et n'être pas blasé,
Et mener tes chagrins d'une manière aisée.
L'âge te rend joyeux et tu vis sans effort,
Si tu en as besoin, tu trouves du renfort.

Tu es un méritant, riche des vérités.
Tu vaincs tes ennemis, en toute liberté :
Le conflit et la rage, l'illusion, l'ignorance.
Dans la paix de l'esprit, merci et révérence !

Loin des avant-hier, des demain, des pourquoi,
C'est ton noble sentier, ton chemin adéquat.
Tu n'as rien à attendre ; rien, c'est mieux qu'autre chose.
Tu contemples et tu cueilles, comme on cueille des roses...

poème publié en décembre 2014

Dérisoire est la nostalgie