Stances à l'esse.

Plus silex que lœss, qu'oxyde de silice
La façade du causse, massif solide et lisse
En un instant le visse. Pas ça qui le rassure,
Pas un seul ressaut, pas une fissure,
Ni résidu ni strie, céans ne la tapisse,
Et l'espace où il bosse ici, c'est : le Supplice.

(Le seps saxatile,
Tout ça, c'est si facile,
Paresse insouciant
Au soleil incessant.)

« Sapristi, c'est soûlant, je suis en suspension,
Anesthésié, déçu, risquant l'insolation.
Le site est malséant, est-ce mission impossible ?
Quelle ruse de sioux pour négocier ma cible ?
Par quelle passe, dans quel sens hisser ma progression ?
Me reste, je le sais, une seule solution ! »

D'un esse acéré,
Dans sa housse serré,
Il se saisit alors,
Renversement du sort.

Au mince nucléus, roussi sur sa parcelle,
De façon insensée, il le glisse, il le scelle.
Il suspend, quel succès, une sangle, un lacet
Et voici que coulissent traverses espacées.
Sans cesser il se hausse, se hisse à la ficelle
Spatial spécialiste, de ressources il recèle.

Siccité. Peau salée.
L'hameçon ciselé,
Il lui semble, s'abaisse,
Il respire, son stress cesse.

Soléaires et cuisses,
Quadriceps frémissent.
Immense sensation,
Sa séquence émotion.

oulipo publié en juin 2011

Stances à l'esse.

Ce texte est un tautophone.
Qu'est ce qu'un tautophone ?

Un tautophone consiste à privilégier un son. « Ton thé t’a-t-il ôté ta toux ? »

Ce texte est inspiré d'un autre texte proposé par l'association Zazie Mode d'Emploi en 2011.
Voir le texte de référence

Crochet à gouttes d'eau

Le granit est compact. Lisse. Superbe.
Parfois, pas la moindre fissure pour le barrer.
Pas le moindre trou pour lui dessiner un œil.
Pas la moindre arête pour l'échancrer.
Il bombe le torse.
Et la voie s'appelle The Sheld, le bouclier.

Lorsque les aspérités font défaut et que toute pose de matériel d'assurage et de progression est impossible,
Il reste un moyen. Unique. Ultime.
La réserve des grands cas.

Vous prenez un rochet à goutte d'eau.
C'est un simple crochet de métal, pointu et acéré.
Un hameçon à granit.
Vous le posez sur l'écaille qui saille
D'un tout petit millimètre.
Voilà, il est posé.
A l'extrémité inférieure du crochet, vous suspendez une petite échelle de corde de trois marches.
Vous respirez.
Vous posez le pied sur la marche inférieure.
Et vous chargez lentement tous le poids de votre corps sur cette mince margelle.
Très lentement. Tout geste brusque peut faire déloger le crochet de sa maigre encoche.
Progressivement, votre poids se déplace à l'aplomb du crochet.
Au fur et à mesure, le crochet enfonce sa pointe dans la roche et se trouve consolidé.
Encore plus lentement, vous vous élevez.
Évitez à tous prix de regarder sur quoi vous reposez entièrement.
L'air vibre.

El Capitan, Olivier Salon, éditions Guérin, 2006