Lejaby
Quand nous aurons rallumé Florange et Gandrange, nous irons voir les Lejaby... Quand il y a le coup de feu, il n'y a plus que le coup de feu qui compte. L'action nous hypnotise. Ce grand soir, la fumée des hauts fourneaux va remplir le ciel de nuages, cachant les punaises de cuivre des étoiles et l'arrondi de la lune. Il ne fera plus frisquet et on respirera. Puis on s'aérera, on partira vers la mer comme pour des vacances, depuis les Docks de Dunkerque jusqu'à la SNCM de Marseille, en pensant à l'infinitude des cimetières sous la lune remplis de combats perdus, Testut, Talbot, Lip, Conti, Aulnay, Cléon, Billancourt, Saviem, Rhodiaceta, Sanofi, Arcelor, Vilvorde, Air-Liberté... L'air, la liberté ? Ils ne s'attendaient pas à partir chômeurs aussi vite, et peut-être aussi longtemps. Regardez cette usine, je la vois, tu la vois, et pourtant elle n'existe déjà plus, s'il faut en croire le Journal de l'Économie.
oulipo publié en octobre 2013
Ce texte est inspiré d'un autre texte proposé par l'association Zazie Mode d'Emploi en 2014.
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2014 : La nuit
-La nuit... Quand nous aurons allumé le feu, nous ne pourrons plus voir la nuit. Quand il y a le feu, il n'y a plus que le feu qui compte. Le feu est un hypnotiseur. Ce soir, regardez, le ciel a chassé tous ses nuages pour nous ! Il a fixé au plafond ses punaises de cuivre, avec une lune élégante en arrondi d'ongle soigné. Il n'en fait que plus frisquet, bien sûr, mais on respire, mais on s'aère, c'est les vacances et le camp de vacances ! C'est vrai qu'il manque la mer, mais le ciel n'est pas mal non plus comme image de l'infinitude. On ne s'attendait pas à partir en vacances aussi vite, et peut-être aussi longtemps. Regardez cette étoile, je la vois, tu la vois, et pourtant elle n'existe plus, s'il faut en croire les affaires de vitesse de la lumière.
Jacques Jouet, Mek-Ouyes amoureux, P.O.L. 2006
Dans cet extrait de Mek-Ouyes chez les Testut, l'histoire, qui remonte à 2004, retrace l'ultime lutte du personnel : « les constructeurs de balances de l'usine béthunoise ont lutté, pied à pied, coude à coude et la main dans la main pour que la fermeture de leur usine ne signifie pas, dans la foulée, celle de leur gueule. »