Ch'crochet à l'nochère.
Batisse : Bin, mi que j'voulos monter d'zeur ch'tôt pour nettier ché nochères et cheul mousse, me v'la dins d'bieaux draps. Pourquô qu'à fallu que j'passe par cheul lucarne? Cha glisse, y a nin moyen d'avincher, nin moyen d'arculer non pu. J'in sue d'cau, me v'là prop' ! Bertine ! Bertiiine !
Bertine : Du ché qu't'as cor grimpé, ti zote ? Te m'as l'air infardélé ! Mais qué balou ! Avec ti ché toudis l'même canchon. Mais te n'es nin carpintier, sais-te ? Te t'acravinte, te t'esquinte inutil'mint. Si te continue comme cha, te n'fras nin d'vieux oches. Y a fauque ti pour faire cha. Et pi ravisse dzeur eut'tiête, y vo queure eune drache.
Batisse : Chu su'l'glace d'eune nuit, Bertine. Y a rin pour eu'm ténir, cha dérape. Ché pas possib', j'ai peur eud querre !
Bertine : Acoute, ché nin l'momint d'braire, nicdoul ! N'so nin in foufelle pour cha. Am'mote qu'y a foc un moyen, et pas deux : J'min vas quère habile ch'l'équielle qu'est dins l'kotch. Et j'vas poser sin crochet al'nochère d'où qui a ch'ballot...
Batisse : T'es d'ja là qu'te raccours, Bertine, t'es eune bonne ! Ché deul belle ouvrache. Fais gramin attintion si y a pas un tro ou eun'séquoi dzous l'équielle.
Bertine : N't'in fais nin. Cha n'berloque nin. Tiens-te à ch'ballot et à cheule farniète. Déchins tout duchemin. Met tin pied sul'boujon in haut de ch' l'équielle. Cha y est, te v'la trinquile à c't'heure. Et l'prochaine fôs, au lieu d'cha, te f'ras tin gardin !
Batisse : Ouf ! J'vas m'assir un tiot peu ichi in haut. Bin te dira chin q'te voudras, mais mi, uche que chu ainsin, chu fin bénache !
oulipo publié en juillet 2011
Ecoutez le récit
Ce texte est inspiré d'un autre texte proposé par l'association Zazie Mode d'Emploi en 2011.
Voir le texte de référence
Crochet à gouttes d'eau
Le granit est compact. Lisse. Superbe.
Parfois, pas la moindre fissure pour le barrer.
Pas le moindre trou pour lui dessiner un œil.
Pas la moindre arête pour l'échancrer.
Il bombe le torse.
Et la voie s'appelle The Sheld, le bouclier.
Lorsque les aspérités font défaut et que toute pose de matériel d'assurage et de progression est impossible,
Il reste un moyen. Unique. Ultime.
La réserve des grands cas.
Vous prenez un rochet à goutte d'eau.
C'est un simple crochet de métal, pointu et acéré.
Un hameçon à granit.
Vous le posez sur l'écaille qui saille
D'un tout petit millimètre.
Voilà, il est posé.
A l'extrémité inférieure du crochet, vous suspendez une petite échelle de corde de trois marches.
Vous respirez.
Vous posez le pied sur la marche inférieure.
Et vous chargez lentement tous le poids de votre corps sur cette mince margelle.
Très lentement. Tout geste brusque peut faire déloger le crochet de sa maigre encoche.
Progressivement, votre poids se déplace à l'aplomb du crochet.
Au fur et à mesure, le crochet enfonce sa pointe dans la roche et se trouve consolidé.
Encore plus lentement, vous vous élevez.
Évitez à tous prix de regarder sur quoi vous reposez entièrement.
L'air vibre.
El Capitan, Olivier Salon, éditions Guérin, 2006
A la manière de Simons (1901-1979), écrivain poète patoisant Lillois.
Et en bon français...
Baptiste : Eh bien, moi qui voulais monter sur le toit pour nettoyer les gouttières et la mousse, me voilà dans de beaux draps. Pourquoi a-t-il fallu que je passe par la lucarne ? Ça glisse, il n'y a pas moyen d'avancer ni de reculer. Je suis en sueur, me voilà propre. Albertine ! Albertiiine !
Albertine : Où es-tu encore monté, toi ? Tu m'as l'air embarrassé ! Mais quel sot ! Avec toi, c'est toujours pareil. Mais tu n'es pas charpentier, sais-tu ! Tu te fatigues, tu t'uses inutilement. Si tu continues comme ça, tu ne vas pas faire de vieux os. Il n'y a que toi pour faire cela. Et puis, regarde au dessus de ta tête, il va pleuvoir.
Baptiste : Je suis en équilibre instable, Albertine. Il n'y a rien pour me tenir, ça dérape. Ce n'est pas possible, j'ai peur de tomber !
Albertine : Écoute, ce n'est pas le moment de pleurer, imbécile ! Ne sois pas en émoi pour cela. A mon avis, il n'y a qu'un seul moyen, et pas deux : Je vais aller vite chercher l'échelle qui est dans l'abri. Et je vais poser son crochet à la gouttière près de la cheminée...
Baptiste : ...Tu es déjà là que tu reviens, Albertine, bravo ! C'est du beau travail. Fais bien attention qu'il n'y ait pas un trou ou quelque chose sous l'échelle.
Albertine : Ne t'en fais pas. Ça ne bouge pas. Tiens-toi à la cheminée et à la fenêtre. Descend tout doucement. Mets ton pied sur le barreau du haut de l'échelle. Ça y est, te voilà tranquille maintenant. Et la prochaine fois, tu feras ton jardin !
Baptiste : Ouf ! Je vais m'asseoir un peu ici en haut. Eh bien, on dira ce qu'on voudra, mais moi, ici où je me trouve, je suis bien tranquille !