Babelivres futurs

Assis sur le sofa,
Hardi, au coin du feu,
Je lance le défi
Et vous apprends l'info
(Cette affaire est touffue).

Il est déjà bien tard,
Je ne peux plus le taire
Au moment d'aboutir.
Qui me dira mes torts
Sur mes livres futurs ?

Plus rien dans mon cabas,
Disparus, dérobés,
Et j'en suis ébaubi :
Une histoire en lambeaux
Qui me laisse fourbu.

C'est un panorama
De matière imprimée,
C'est une pandémie
De cent millions de mots
Qui voyagent et remuent.

Ils traînent ça et là,
On me les a volés,
Partout chacun les lit.
Sur moi, c'est un complot,
C'est le mal absolu.

En guerre je repars,
Contre eux je vitupère,
Les plagiaires sont les pires,
Va y avoir du sport,
Vite que je les épure !

oulipo publié en décembre 2014

Babelivres futurs

Ce texte est inspiré d'un autre texte proposé par l'association Zazie Mode d'Emploi en 2015.
Voir le texte de référence

Les livres que je n'ai pas écrits, n'allez surtout pas croire, lecteur, qu'ils soient pur néant. Bien au contraire (que cela une bonne foi soit dit) ils sont comme en suspension dans la littérature universelle. Ils existent dans les bibliothèques, par mots, par groupes de mots, par phrases entières dans certains cas. Mais il y a autour d'eux tant de vain remplissage, ils sont pris dans une telle surabondance de matière imprimée, que moi-même à vrai dire, malgré tous mes efforts, n'ai pas encore réussi à les isoler, à les assembler. Le monde en fait me parait rempli de plagiaires, ce qui fait de mon travail une longue traque, la recherche têtue de tous ces menus fragments inexplicablement dérobées à mes livres futurs.

Marcel Bénabou, Pourquoi je n'ai écrit aucun de mes livres, Textes du XXe siècle, Hachette 2006

Ce texte est une babebine.

Les babelines sont des contre-assonances que l'on décline sur cinq vers comme si l'on ânonnait : BA BE BI BO BU...

Ce poème serait donc à lire tout haut !