Introduction aux Récits

Quand je me mets à ces recherches généalogiques, j'ai vingt ans. Je passe du temps aux Archives Départementales, dans les mairies et les cimetières. J'envisage un moment de faire de la recherche généalogique mon métier. Mais je crains de trop m'isoler. J'ai en tous cas besoin de savoir d'où je viens. Autour de moi dans les familles, tout parait taillé proprement, alors que mes cheveux longs sont en bataille. Les petits secrets de famille ne viennent pas jusqu'à moi. Il ne faut pas faire de vagues. Quels fruits vais-je trouver dans cet arbre ? J'en aurai le cœur net au fur et à mesure. Mes recherches vont trouver leurs limites dans les années 1650-1700. Je consulte quelques registres paroissiaux d'avant la Révolution française, mais je cale sur l'absence d'archives, en grande partie détruites par la guerre 1914-1918, notamment pour le Pas-de-Calais. Les villages anéantis et les Archives Départementales d'Arras parties en fumée bloquent ma progression. Cependant la récolte a été bonne et régulière. L'arbre généalogique de la famille est à la française. L'arborescence se développe avec régularité, sans omission. Un palissage impeccable. Tracez un cercle de quinze kilomètres de rayon autour de Laventie, et vous aurez l'origine des antécédents de toutes ces générations. Par beau temps, des Monts des Flandres, je les embrasse tous, les clochers de ces communes : Locon, La Couture, Richebourg, Lestrem, Merville, Neuf-Berquin, La Gorgue, Estaires, Laventie, Sailly-sur-la-Lys, Fleurbaix, Aubers, Herlies, Wicres, Sainghin-en-Weppes, La Chapelle-d'Armentières, Armentières, Warneton, Neuve-Eglise, Erquinghem/Lys, Nieppe, Steenwerck. On pouvait faire l'aller retour à pied ou à cheval dans la journée entre chacun de ces lieux. On y retrouve beaucoup de cultivateurs et cultivatrices, des laboureurs, des louagères et des journaliers, qui louent leur travail chaque jour, des promotions sociales, un domestique et un journalier qui deviennent cultivateurs après leur mariage, une fille de confiance (gouvernante) qui devient fermière, un agriculteur- propriétaire et encore des fermières. Des vies éclair et d'autres interminables. Familles souvent nombreuses. Mortalité infantile importante. Mariages tardifs ou en urgence. Arrangements de famille. Veuvages et remariages. Un peu de richesse patrimoniale et de la pauvreté. Parfois la mention d'un contrat de mariage devant notaire, quand un mariage inespéré pour l'un était tempéré par la famille de l'autre. Certains signent leurs actes de mariage, d'autres déclarent ne pas savoir signer.

Tous les noms des antécédents retrouvés et les dates et événements de leurs vies sont classés sur les documents généalogie Brame et généalogie Défossez. Il est mis à jour au fur et à mesure de la recherche. Celle-ci, après avoir sommeillé plusieurs décennies, se relance, car l'Internet ouvre des horizons nouveaux avec la mise en ligne de certaines archives départementales. Mais hélas, ce qui est perdu l'est pour toujours !

Derrière chaque patronyme : un numéro. Il s'agit de tous les ancêtres EN LIGNE DIRECTE qui se multiplient donc par deux au fur et à mesure des générations, à savoir :

1-2 pour mes parents,
3 à 6 pour mes grands-parents ou aïeuls,
7 à 14 arrières grands-parents ou bisaïeuls,
15 à 30 trisaïeuls,
31 à 62 quadrisaïeuls,
63 à 126 aïeuls à la 5ème génération,
127 à 254 aïeuls à la 6ème génération,
255 à 510 aïeuls à la 7ème génération,
511 à 1022 aïeuls à la 8ème génération,
Etc. (Si quelqu'un décidait de reprendre cette généalogie, ce pourrait être sur une autre base de numérotation, la sienne.)

Les récits qui suivent prennent en compte, en affection plutôt, tel ou telle de ces ancêtres, les plus significatifs, les plus originaux, ceux qui ont habité des lieux connus, les cas particuliers... Une dose de vérité appuyée sur des actes légaux et une dose d'imagination adossée à des faits réels ou plausibles. Ces textes sont entrecoupés de retranscriptions d'actes ou de documents. Et ça n'est jamais fini !

récit publié en octobre 2014

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