1790 Des prénoms au Pays de l'Allœu (Famille Défossez)

L'évolution accélérée de la mode dans les prénoms et la diversité semblent être des inventions modernes. Tout au long de ces deux siècles de recherche généalogique, il est surprenant de constater une grande constance dans l'attribution ordinaire des prénoms, dans cette région et probablement à travers la France catholique. Souvent, côté femmes, c'est Marie, côté hommes, Jean comme premier prénom. Ensuite, on y retrouve une plus grande variété et parfois une certaine originalité. Citons parmi les ascendants Séraphine, Chrétienne, Florentine, Alexandrine, Éléana, Olive, Charlemagne, Narcisse ou Aimable. Le prénom d'usage n'est pas forcément le premier, comme on le constate dans les recensements, et sa transcription d'un acte à l'autre parfois approximative. La plupart du temps, aussi bien pour les hommes que pour les femmes, Joseph viendra en dernier prénom.

On voit très souvent passer le double prénom de Marie Anne. C'est sans doute le prénom féminin le plus fréquemment rencontré au XVIIIème siècle, notamment à la campagne et dans les classes populaires. Ce n'est pas pour rien si les révolutionnaires, en accolant les deux, en ont fait le symbole, la figure allégorique de la France en octobre 1792, quelques jours après la déclaration de la République. Quand à Alfred de Musset, il écrit « Les Caprices de Marianne », pièce en deux Actes en 1833. D'ailleurs, on peut dire que le XIXème siècle sera capricieux lui aussi, en matière de régimes politiques.

La Révolution a fait une autre victime, le Pays de l'Allœu : Je vous passe les origines, la domination des romains et des francs venus par la route, l'arrivée des vikings et des normands par la Lys, l'influence des Seigneurs de Béthune et des Comtes de Flandre. D'excellents documents en parlent.

Il y a mille ans, en 1024 précisément, «Saltiacum, Florbais, Leventeis, Stragas» (Sailly, Fleurbaix, Laventie, Estaires) figurent dans une bulle du pape Benoît VIII. Le pays de l'Allœu lui même apparaît au XIIème siècle et se compose de ces trois premiers villages et de la partie rurale de La Gorgue. C'est au bout de la Verde Rue, au lieu dit Les Dix Cailloux que se réunissent les Échevins de ces quatre villages pour plaider et rendre la justice. Dix pierres parallélépipédiques de près d'une tonne chacune sont disposées en cercle en guise de bancs autour d'un tilleul (On peut encore en voir une à Fleurbaix près de l'entrée de l'église). Cette communauté d'environ dix mille âmes possède des coutumes, des usages, des chartes et des privilèges. L'Allœu n'était ni d'Artois ni de Flandre. Mais coincée entre les deux, couverte de bois et entrecoupée de nombreux fossés, cette petite région servira souvent de refuge aux malfaiteurs et aux bandes armées. De plus elle subit les guerres de succession des Rois, Comtes et Archiducs, les Gueux, les Hérétiques, les Espagnols, les Autrichiens, les Anglais, les Hollandais, les Français. Ce sera chacun son tour. De cela, les Archives généalogiques ne parlent pas, mais on peut facilement imaginer les graves contraintes supplémentaires, et c'est un euphémisme, qu'ont du subir les locaux . Ce qu'en disent les spécialistes, et notamment le chanoine Depotter dans son livre très documenté de 1910, c'est que cette petite région, souvent envahie et pillée, conservera tant bien que mal à force d'acharnement ses prérogatives et son autonomie fiscale jusqu'à la Révolution. Mais une loi du 14 décembre 1789 fait disparaître l'échevinage de l'Allœu. Les élections des maires ont lieu en février 1790. L'Allœu est oublié, puis il redevient un sujet d'Histoire, et aujourd'hui un nom de rue dans chacun de ces villages.

Pays de l'alleu

récit publié en avril 2012

1790 Des prénoms au Pays de l'Allœu (Famille Défossez)