1833 Olive et Jean... (Famille Défossez)
Une autre histoire de vie que celle-là ! C'est en réalisant la transcription d'un acte d'État civil, ici un mariage, que l'on s'aperçoit qu'il est un peu particulier. Il s'agit là de celui des parents de l'une de mes trisaïeules. En 1833 Jean Philippe LEGRAND (41), soixante treize ans, épouse Olive Joseph DELECŒUILLERIE (42), vingt et un ans.
Commune de La Gorgue.
Acte de Mariage LEGRAND et DELECŒUILLERIE.
«L'an mille huit cent trente trois le huit du mois de mai à neuf heures du matin par devant nous Maire officier d'État civil de la commune de La Gorgue canton de Merville département du Nord est comparu en la maison commune de cette ville le nommé Jean Philippe LEGRAND âgé de soixante treize ans né à La Gorgue le trois juin mille sept cent cinquante neuf cultivateur domicilié en cette commune, fils majeur et légitime des feus Louis Gabriel Legrand et de Marie Claire Salomé tous deux décédés à La Gorgue, le premier le premier Germinal an sept correspondant au vingt et un mars mille sept cent quatre vingt dix neuf et l'autre le douze février mille huit cent quatorze, petit fils paternel des feus Philippe Legrand et Marie Jeanne Leroy, et petit fils maternel des feus Jean Baptiste Salomé et Marie Brigitte Sansse, ainsi qu'il résulte des actes de décès annexés aux registres de l'État civil reposant au greffe de cette mairie, vus et vérifiés d'une part.
Et Olive Joseph DELECŒUILLERIE âgée de vingt et un ans née à La Gorgue le huit mars mille huit cent douze domiciliée chez sa mère cultivatrice en cette commune, fille majeure et légitime de feu Pierre François Joseph Delecœuillerie décédé à La Gorgue le vingt neuf juin mille huit cent quatorze ainsi qu'il est constaté par l'acte de décès annexé au registre de l'État civil de ladite année reposant au greffe de cette mairie vu et vérifié, et d'encore vivante Catherine Amélie Joseph Dobin ci-présente et consentante, d'autre part.
Lesquels nous ont requis de procéder à la célébration du mariage projeté entre-eux et dont les publications ont été faites devant la principale porte d'entrée de notre maison commune pendant deux dimanches consécutifs savoir le vingt huit avril et le cinq du présent mois de mai à l'heure du midi.
Aucune opposition audit mariage ne nous ayant été signifiée faisant droit à leur réquisition après avoir donné lecture de toutes les pièces au dossier mentionnées et du chapitre six du titre du Code Civil intitulé Du Mariage avons demandé au futur époux et à la future épouse s'ils veulent se prendre pour mary et pour femme, chacun d'eux ayant répondu séparativement et affirmativement, déclarons au nom de la loi que Jean Philippe Legrand et Olive Joseph Delecœuillerie sont unis par le mariage. De tout quoi avons dressé acte en présence du sieur Guillaume Antoine Legrand âgé de soixante dix sept ans cultivateur domicilié à La Gorgue, du sieur Pierre Joseph Wicart âgé de soixante douze ans cultivateur domicilié à La Ventie le premier témoin frère germain et le second n'est ni parent ni allié à l'époux, de Pierre Joseph Delecœuillerie agé de vingt quatre ans cultivateur à La Gorgue et de monsieur Chrisogonne Joseph Béghin agé de soixante quatre ans propriétaire domicilié à La Ventie le troisième témoin frère germain et le quatrième n'est ni parent ni allié à l'épouse, lesquels après qu'il leur a été donné lecture du présent acte l'ont signé avec nous ainsi que les parties contractantes à l'exception de l'épouse, de sa mère et dudit Delecœuillerie qui ont déclaré ne savoir écrire ni signer, de ces interpellés. Suivent les signatures ».
Est-ce la nécessité qui fait la loi, ou l'amour qui transcende les différences ? On ne le saura jamais, mais on peut pencher pour le premier cas pour cette femme illettrée orpheline de père à l'âge de deux ans... On sait à quoi peut conduire le dénuement et combien le pragmatisme est parfois une qualité. Et que peut-on saisir de ces possibilités d'un attachement sincère entre deux personnes sortant de l'ordinaire ? Il en est des exemples, plus ou moins connus : on dit que le cardinal de Richelieu, à plus de quatre vingt ans, a eu une relation suivie avec une jeune fille de dix huit. J. Howard Marshall, ancien milliardaire, quatre vingt neuf ans, avec Anna Smith, vingt neuf. Eddy Barclay et Caroline... On repère vite la richesse du plus âgé. Quoi qu'il en soit, souvenons-nous de Voltaire qui, quelques dizaines d'années auparavant, écrivait : « La nécessité doit l'emporter sur le superflu ».
De cette union va naître neuf mois et trois jours plus tard la petite Sophie Adeline Joseph LEGRAND (20) une arrière grand-mère de mon père.
« Commune de La Gorgue
Naissance Legrand Sophie Adeline Joseph ( État civil 987/1345)
L'an mil huit cent trente quatre le douze du mois de février à trois heures du soir par devant nous Maire officier d'État civil de la commune de La Gorgue Canton de Merville Département du Nord, ont comparu le sieur Jean Philippe Legrand âgé de soixante quatorze ans cultivateur domicilié en cette commune, lequel nous à présenté un enfant du sexe féminin né le onze de ce mois à onze du soir de lui déclarant et de Olive Joseph Delecœuillerie son épouse âgée de vingt deux ans domiciliés en cette commune auquel il a été déclaré vouloir donner le prénom de Sophie Adeline Joseph... »
Le père de Sophie va s'éteindre dans sa 91ème année, en 1850. Il a eu le temps de voir grandir sa fille Sophie qui en a dix sept à son décès. Quatre ans plus tard, Sophie épouse Charlemagne Narcisse Joseph LEMARRE (19), le 3 mai 1854 à La Gorgue. Il a été acté un contrat de mariage chez Maître Dacquin à Lestrem. On a souvent entendu notre père parler de ce Charlemagne, son arrière grand-père qu'il a bien connu car il est décédé en 1924, à l'âge de quatre vingt treize ans. De Charlemagne, oui, mais jamais de ses beaux-parents, cette étonnante génération précédente.
récit publié en février 2012