1767 à Neuve-Église (Famille Défossez)
Petite incursion en pays flamand ? Ce joli petit village belge de Neuve-Église a connu bien des vicissitudes au cours de l'Histoire. Placé comme il est à proximité de la frontière, il en a vu ses bornes déplacées à plusieurs reprises. Et notamment à l'époque de la naissance de Jean Martin DEPRINCE (43), en 1767. Pour situer Jean Martin dans la généalogie, c'est l'un des grand-pères de Joséphine Deprince, une de mes arrière-grands mères, décédée en 1958. Assise tout en noir au centre d'une célèbre photo de famille réalisée en 1951 dans sa maison, Verte Rue à Laventie, elle est entourée de tous ses arrière-petits enfants déjà nés qui s'y retrouvent bien alignés et particulièrement disciplinés. Deprince est un patronyme qu'on verra écrit de quatre manières au hasard des actes consultés.
La Lys est une frontière linguistique depuis au moins le IIIème siècle après JC. Deux langues s'y sont côtoyées, le flamand issu d'un dialecte germanique, et le picard qui comme le français, provient de la langue romane via la langue d'oïl. Les noms des parents du petit Jean Martin en sont la démonstration : un Jean Deprince (87)et une Marie Cleenwerck (88). Depuis le Traité de Verdun en 843, il y en aura eu des traités et des accords par dessus la tête des autochtones. Elle aura été traversée, cette région, prise et reprise, vendue et revendue. Quoiqu'il en soit, deux ans après la naissance de Jean Martin Deprince, à Nœuf-Église comme ils l'écrivent alors, deux traités sont signés coup sur coup entre la France et les Pays-Bas Autrichiens, appelés Traités des Limites. Il s'agit de rétrocessions et de rectifications de frontières. C'est à cette époque que Neuve-Église est cédée à l'Autriche ainsi que des terres agricoles dépendant de Nieppe. Puis, trois ans avant son mariage en 1797, cette région sera à nouveau française après la victoire de Bonaparte à Fleurus. Viendront des périodes troublées entre Waterloo et la création de la Belgique en 1830. Nos ancêtres ont souvent joué avec les confins. Limites de pays, de départements... Pays de l'Alleu, Flandre, Artois, Nord, Pas de Calais, Belgique, tout est proche et ne simplifie pas les relations avec l'Administration. Dès qu'il est en âge de travailler, Jean Martin Desprince va souvent les sauter, ces frontières. Il a un laisser passer permanent qui lui permet de s'employer indistinctement de part et d'autre. Car il est journalier et bilingue, disons qu'il connaît les deux dialectes, le flamand et le picard. Il va de ferme en ferme pour louer sa force de travail, ses bras et son courage. Il est nourri le midi, plus ou moins bien. Il sait les bonnes maisons mais ne fait pas le difficile. Il va d'un bon pas avec ses sabots et son bâton de marche. Dans sa besace, des souliers en cuir qu'il a rachetés à une veuve et quelques effets personnels, car il lui arrive de loger plusieurs jours loin de chez lui. Il dort, comme une masse, dans le foin, dans un coin de la grange, ou avec les chevaux, pour la chaleur. Dans la journée, au moment des labours ou des semailles, pour espérer être réembauché, il ne faut pas traîner, travailler au moins un journal de terre, environ un demi hectare. Quelle que soit la saison, du lever au coucher du soleil. C'est au hasard de ses laborieuses occupations qu'il va rencontrer sa future épouse née à Sailly-sur-la-Lys. Marie Anne LEGRAND (44) est de huit ans sa cadette et exerce un peu le même métier que lui, journalière, dans les maisons qui ont besoin d'une main d'œuvre peu qualifiée et rétribuée à la journée. Ils se marient à Laventie. Deux sans feu ni lieu qui s'y fixeront et verront naître une dizaine d'enfants dont plusieurs leur seront repris avant l'âge d'un an. Et le petit dernier, François Louis Joseph DESPRINCES (21), naît en 1821, la maman a quarante cinq ans. Pendant ce temps, au beau milieu de l'Atlantique, sur l'île de sa réclusion, Napoléon vient de s'éteindre d'un ulcère gastrique, parait-il. Vingt cinq années passent et avec elles, Louis XVIII, Charles X, la Révolution de Juillet 1830 et Louis Philippe. François Desprince devient cultivateur chez Armand, son frère aîné, Verte Rue à Laventie. Une vieille domestique, madame Fénard, les seconde pour le quotidien. En 1848, année de la IIème République, par son mariage avec Cécile Augustine Salingre, il va s'installer rue des Clinques. Il devient cultivateur, fils de belge, comme l'indique le recensement de 1851. Le 20 juillet de cette année-là naît une petite Marie Augustine. Elle décède hélas deux jours plus tard, et sa mère le lendemain des suites de l'accouchement. François reste veuf sans enfant pendant dix ans. Il vit avec sa belle-mère qui semble être également sa tante. Il redevient tisserand, dans ce bourg de Laventie dédié aussi aux métiers de la toile. Les fileuses, ourdisseuses, bobineuses sont nombreuses. Il épouse pourtant en secondes noces une fille de cultivateurs, Sabine FRUCHART (22), qui a un frère et sept demi frères et sœurs. Son père s'est remarié après son veuvage lui aussi. François reprend son métier de fermier rue Verte, à la place de son frère Armand, rentier et célibataire. Il aura trois enfants avec son épouse Sabine : Marie, Xavier, et Joséphine DEPRINCE (10), l'arrière grand-mère de la photo. L'aïeule, Virginie BARBRY (46) vit là aussi, ainsi qu'un domestique, Agathon. Dans les recensements jusqu'au XXème siècle, François et ses enfants seront répertoriés comme étrangers (belges). Ses parents ont déjà plus de soixante cinq ans tous les deux quand Joséphine épouse à vingt et un ans Émile LEMARRE (9), venu de La Gorgue.
Acte de naissance de Émile Lemarre.
Mairie de La Gorgue.
L'an mil huit cent cinquante huit le 28 du mois de mars à cinq heures du soir [...] a comparu Charlemagne Narcisse Joseph Lemarre âgé de vingt six ans et demi, cultivateur domicilié à La Gorgue lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin né aujourd'hui à cinq heures du matin de lui déclarant en sa demeure sise rue des Caudreliers en cette commune et de Sophie Adeline Joseph Legrand âgée de vingt quatre ans, cultivatrice son épouse, et auquel il a été déclaré vouloir donner le prénom de Émile Auguste Joseph. Lesdites déclarations et présentations faites...
Il reprend avec elle la ferme de la Verde rue (changement d'orthographe). Des enfants naissent. L'aînée, en 1891, c'est Jeanne LEMARRE (4), une de mes deux grands-mères, que je n'ai pas connue.
récit publié en décembre 2011