1928 Discours aux funérailles de mon grand-père (Famille Défossez)
Comme j'ai pu en parler par ailleurs, j'ai retrouvé dans les affaires de mes parents la Croix de Guerre reçue par mon grand-père, Léon Défossez, après la Grande Guerre. En 1915, il était soldat à la 27ème division d'artillerie. S'il a fait toute la campagne dans cette division, on peut suivre son parcours courageux, entre Aire sur la Lys où il a été mobilisé le 6 août 1914, Dinant en Belgique courant août, Reims en septembre, l'Aisne et la Champagne en 1915, Verdun en 1916, puis à nouveau l'Aisne et la Champagne jusqu'en 1918, la Lorraine ensuite jusqu'à sa démobilisation. Quand on voit la liste des soldats morts au combat dans cette division, on peut dire qu'il a eu beaucoup de chance. Pour en revenir à cette médaille, elle est en bronze florentin (laiton) avec quatre branches et deux épées croisées. Elle est surmontée d'un double ruban vert avec liseré rouge à chaque bord et comptant cinq branches rouges verticales de 1,5 mm. Elle porte d'un côté l'indication 1914-1918. De l'autre côté, on reconnaît Marianne, sa couronne de lauriers, son bonnet phrygien et la mention République Française. Mon grand-père est mort en 1928, à Fleurbaix, hameau de La Croix Maréchal, à l'âge de 41 ans, laissant mon père, 14 ans, aîné d'une famille de six enfants.
Discours
Prononcés aux Funérailles de Monsieur
Léon-Julien-Joseph DÉFOSSEZ
Président de l'Union Paroissiale
Membre des Confréries du Saint Sacrement et de Notre Dame du Joyel et Membre de l'Union des Anciens Combattants.
Décédé à Fleurbaix, le 28 Mars 1928, dans sa 42èmé année
Discours de Monsieur Gombert
Vice-Président de l'Union Paroissiale
Cher Monsieur Défossez,
C'est le cœur brisé de douleur que je viens aujourd'hui au nom de l'Union Paroissiale de Fleurbaix, saluer une dernière fois au pied de cette tombe, le Président si dévoué que Dieu vient de rappeler à Lui. Cette séparation est d'autant plus pénible qu'il y a quelques semaines encore, vous étiez au milieu de nous, et nul ne pouvait supposer qu'une terrible maladie allait bientôt vous terrasser, vous qui vous montriez si vaillant, si empressé auprès des chers vôtres, si bon pour tous ceux qui eurent le bonheur de vous approcher, si attaché aussi à la culture de cette terre que vous aimiez tant.
Homme de devoir, vaillant chrétien dévoué à toutes les œuvres, vous le fûtes cher Léon, dans toute l'acception du mot ; et durant les années, hélas trop courtes que vous avez passées ici-bas, il semble que vous avez toujours poursuivi ce noble idéal qui consiste à servir Dieu et le prochain.
Arrivé dans notre village quelques années avant la grande guerre, vous avez conquis tout de suite la sympathie de tous les Fleurbaisiens, il suffisait de vous approcher pour vous aimer ; secondé par la noble épouse dont nous partageons la douleur, vous vous êtes attaché à notre chère paroisse.
Durant les années terribles de 1914-1918, remplissant vaillamment aux armées votre devoir de soldat, vous profitez encore de vos rares moments pour glorifier «Le Clocher de chez nous» en des vers qui ont paru dans le Bulletin Paroissial de septembre 1917 et qu'on ne peut relire aujourd'hui sans éprouver une émotion qui étreint le cœur.
Rentré chez vous au milieu des ruines, vous vous êtes mis courageusement à l'œuvre pour remettre en état cette terre que les obus allemands avaient bouleversé durant 4 années, vous y avez élevé un ex-voto de filiale reconnaissance envers Notre-Dame qui restera là comme un gage de protection sur votre famille; vous pensiez y vivre longtemps en paix et donner à vos enfants cette éducation chrétienne que vous-même aviez reçue et qui avait fait de vous, cet homme de foi profonde, ce chrétien convaincu, sachant défendre ses convictions. Mais voici que cette paix religieuse dont nous jouissions depuis la grande épreuve semble menacée, un grand mouvement de défense religieuse se dessine à travers la France. Tout de suite, cher Léon, vous avez compris que malgré les lourdes charges qui s'accumulaient déjà sur vos épaules, votre place était tout indiquée pour diriger cette union paroissiale qui devait s'associer aux justes revendications de la Fédération Nationale Catholique. Votre rôle de Président vous l'avez rempli complètement ; aussi tous les membres de l'Union ressentent aujourd'hui le grand vide que vous laissez au milieu de nous.
Les desseins de la Providence sont vraiment impénétrables. Alors que rien ne la laissait entrevoir, la maladie vint s'abattre sur vous, implacable, foudroyante... Dès les premiers symptômes cher Léon, vous la pressentez mortelle... et en même temps qu'on vous prodigue les soins les plus empressés, vous réclamez le prêtre. Dès le début de votre maladie vous vous préparez saintement à la mort avec ce calme, cette sérénité qui resteront toujours la grande consolation de ceux qui vous entouraient ; généreusement vous offrez votre vie pour votre chère famille ; un moment l'on espérait que les ardentes prières qui chaque jour implorait le Ciel en votre faveur, que le dévouement de ceux qui vous ont si bien soigné allait obtenir votre guérison... mais non... Dieu en avait décidé autrement... Il vous a rappelé à Lui...
Si grand que soit le sacrifice, il me semble que de là-haut, en apercevant votre épouse éplorée, vos enfants si tendrement aimés, tous vos chers parents en pleurs, cette assistance émue et recueillie, vous leur adressez cette suprême consolation « vous tous que j'ai aimés, ne pleurez pas comme ceux qui n'ont plus d'espérance... de là-haut je vous aiderai... je vous soutiendrai... je veillerai sur vous... »
Au nom de l'Union Paroissiale de Fleurbaix, je vous adresse mon cher Président, un dernier « Au Revoir »
Discours de Monsieur Dassonville
Président des Anciens Combattants de Fleurbaix
Notre Union Fraternelle des Anciens Combattants est cruellement affectée en ce jour par la perte de celui qui en fut le véritable créateur.
Léon Défossez n'est plus. Le bon camarade, l'homme modeste dont les bons conseils nous étaient si précieux, ne viendra plus parmi nous pour contribuer à la direction de la Société qui lui était si chère.
Nous avons, dès le premier instant connu la gravité de la terrible maladie qui s'est acharnée sur notre pauvre ami ; jour après jour, avec angoisse, anxieusement, nous en avons suivi le cours et notre joie fut bien grande lorsqu'un mieux sensible fit entrevoir l'espoir d'une guérison possible. Hélas ! Une rechute brutale survint et traîtreusement la mort nous prit notre vaillant camarade.
En ce jour de tristesse la Société tout entière rassemblée, se recueille, auprès de cette tombe fraîchement ouverte, pour rendre au meilleur des siens le suprême honneur d'un adieu solennel.
Léon Défossez, homme de bien, vous avez été un bon soldat, vous dépensant sans compter et mettant toute votre énergie qui était grande dans l'accomplissement de votre devoir. Parti plein de vaillance au 2 Août 1914, vous êtes revenu de la guerre diminué physiquement, ayant dispersé sans vous plaindre jamais, la plus grande partie de vos forces au service de la Patrie.
Mais votre âme était belle ! Mais votre cœur était grand !
Rendu à votre chère famille dès la fin des hostilités, appuyé et soutenu par votre vaillante épouse, vous avez entrepris avec courage l'ingrate et lourde tâche de la reconstitution de votre foyer dévasté. Labeur de géant que vous meniez à bien, négligeant tout repos qu'aurait nécessité votre état, lorsque près du couronnement de vos efforts surhumains, au moment même où vos plus grands enfants allaient vous apporter une aide effective, la mort cruelle vous saisit pour vous arracher à l'affection d'une famille unie et tendrement aimée, à l'estime de toute une population.
Chers Orphelins qui pleurez votre bon papa, chère Madame Défossez à qui incombe de continuer la tâche entreprise par notre pauvre ami disparu, les Anciens Combattants de Fleurbaix ne peuvent que vous apporter le témoignage de leur ardente sympathie et l'expression de leurs condoléances attristées ; mais ils vous donnent l'entière assurance que leur cœur conservera toujours intact le sentiment du souvenir vibrant de reconnaissance envers votre Cher Papa, envers votre Cher Mari. Puisse cette manifestation adoucir l'amertume de l'épreuve que vous traversez.
Léon Défossez,
C'est notre dernier salut.
Ami bien cher, camarade dévoué Adieu.
Reposez en paix dans cette tombe obscure où la terre va vous couvrir, et où votre âme est allée retrouver les espérances éternelles du tombeau.
récit publié en juin 2012